18e Nuit de la Voix, la piste aux futures étoiles

La 18e Nuit de la Voix de la Fondation Orange s’est déroulée cette année le 23 juin dans un lieu insolite : le Cirque d’Hiver.

Cinq formations musicales soutenues par la Fondation Orange sont donc entrées tour à tour en piste pour nous faire découvrir des univers à chaque fois très différents mais aussi permettre à des directeurs artistiques de maisons de disques et organisateurs de festivals de découvrir leurs talents.

Certains de ces groupes jouissent déjà d’une certaine notoriété. C’est le cas de l’ensemble Contraste, dont j’avais parlé (cf. note du 8 janvier 2009) et qui assurait le rôle de fil rouge pendant la soirée, ponctuant l’enchaînement des différents intervenants, d’intermèdes sous le signe du Tango ou de la Milonga. Le quatuor Contraste (Maud Lovett violon, Arnaud Thorette alto et direction artistique, Antoine Pierlot violoncelle, Johan Farjot piano, direction musicale), réalise à nouveau une belle démonstration à la fois de son inventivité musicale, de la pertinence de ses transcriptions mais aussi de son excellent niveau technique. L’aisance déconcertante avec laquelle il déploie sa lecture très personnelle de ces pièces du répertoire argentin procure une sensation singulière de liberté à l’écoute de pièces justement connues pour répondre à des codes très précis, harmoniques et rythmiques et auxquelles même les plus grands compositeurs comme Astor Piazzolla ne dérogeaient pas vraiment. L’excellent duo de chanteurs constitué par Magali Léger, soprano, et Alain Buet, baryton, est même venu se joindre à l’ensemble Contraste pour l’un des intermèdes, nous proposant une lecture sensuelle et vibrante d’un des tangos.

Le spectacle commence par l’entrée du CREA d’Aulnay-sous-Bois, dirigé par Didier Grojsman. Cet ensemble de jeunes chanteurs, aussi bien à l’aise sur le chant choral que sur l’expression scénique, n’a rien à envier aux "institutions" comme la Maîtrise des Haut-de-Seine ou de Radio France. Ces choristes ont interprété avec justesse enthousiasme des extraits du Tour du Monde en 80 jours de Louis-Dunoyer de Segonzac et de Marco Polo et la Princesse de Chine d’Isabelle Aboulker. L’apparente facture classique de ces pièces ne doit pas cacher une difficulté technique indéniable que ces jeunes chanteurs ont déjouée avec une fraîcheur indéniable. La cohésion du groupe et sa complicité avec le chef de chœur font partie de ces expérience humaines que l’on est heureux de vivre en "live".

Vient ensuite l’ensemble Aquilon (dirigé par Sébastien Mahieuxe) sur un répertoire en apparence austère mais particulièrement intéressant avec un Salve Sancta Parens, composition corse du XVIIe siècle qui annonce les fameux chœurs corses modernes, aux sonorités capiteuses et envoutantes. Le groupe a ensuite enchaîné le superbe In te Domine spes d’André Campra, de loin la plus belle pièce qu’ils interprètent ce soir là, dont certaines audaces harmoniques sont vraiment sublimes et un O amor, Elévation de Marc-Antoine Charpentier.

Le moment d’inflexion de la soirée vient alors lorsque l’excellent et surprenant ensemble Les Cris de Paris intervient, sous la direction du pétillant et drôle Geoffroy Jourdain. Avec un sens indéniable du second degré, il fait interpréter par son ensemble choral de plus de trente chanteurs des arrangement sidérants de "tubes" comme Can’t get you out of my head de Kylie Minogue ou Hung up de Madonna. Aux clins d’œil et références diverses de la mise en scène menée tout en finesse par Benjamin Lazar s’associe la direction chorale malicieuse mais hyper-précise de l’excellent Geoffroy Jourdain. Le public se déchaîne littéralement lors des applaudissements clôturant la prestation impressionnante du groupe. Les arrangements plongent ces airs pourtant gravés dans nos mémoires d’anciens (et actuels) ados dans un univers presque onirique avec une finesse inouïe dans la transcription où quasiment chacun des trente chanteurs est amené à avoir une contribution unique dans des enchaînements de rythmes et d’harmonies particulièrement complexes. Très beau travail cohérent, d’apparence ludique mais qui doit demander un travail certain !

La soirée se termine avec la belle prestation de l’ensemble Les Paladins, dirigé par Jérôme Correas et qui s’est spécialisé dans l’interprétation de pièces inédites du répertoire baroque. Ce soir là, il nous fait découvrir des extraits du IIème acte de la Fausse Magie, comédie écrite par le compositeur belge André-Ernest-Modeste Grétry. Avec finesse et vivacité, Jérôme Correas nous fait découvrir quelques extraits savoureux de cette comédie, avec le soutien malicieux et la belle complicité d’un trio de chanteurs assez en forme (à nouveau Magali Léger dont la sensualité du jeu et du chant se mêlent à un petit côté primesautier, Alain Buet, magnifique d’expressivité et surtout, l’excellente soprano Anna Maria Panzarella, qui joue une diseuse de bonne aventure truculente et très drôle).

La soirée se termine avec un bel exercice regroupant toutes les formations qui se sont produites pour interpréter une transposition émouvante et singulière de La vie en rose, sous la direction de Geoffroy Jourdain.

Le public a été vraiment conquis, ce qu’on espère autant pour les auditeurs de Radio Classique et les téléspectateurs de Mezzo qui ont pu assister à ce concert en direct.

Bravo à Philippe Maillard Productions et à la Fondation Orange de nous avoir permis de découvrir le talent des ensembles qu’elle soutient. Souhaitons-leur de connaître un bel essor.

 

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