20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (2/20)

Suite de nos rencontres avec nos partenaires, cette semaine, Xavier Emmanuelli répond à nos questions.

Xavier Emmanuelli, Docteur, anesthésiste-réanimateur, président-fondateur du SAMU social.

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Mon père, qui était médecin généraliste, a inspiré ma vocation. Le rôle du médecin, et son privilège, est de pénétrer au cœur le plus secret de la souffrance des gens. J’ai voulu marcher sur ses traces.

J’ai été l’un des fondateurs de Médecins sans Frontières. Nous rêvions d’une société fraternelle et plus juste, et nous avons dû affronter de grandes crises internationales et sanitaires. Mes années avec MSF m’ont donné le goût de monter des dispositifs efficaces pour aller à la rencontre de ceux qui souffrent. Et puis, sur le plan spirituel, j’ai compris certaines choses : le souci de l’autre, le mystère de l’altérité...

Je dois l’orientation de ma carrière à un maître de la médecine d’urgence, le Pr.Huguenard, fondateur du SAMU, qui a bouleversé le système sanitaire en France. Il m’a appris à être efficace, à penser en termes rationnels l’approche de l’urgentiste.

En 1993, j’ai lancé grâce à l’action de Jacques Chirac, alors Maire de Paris, le SAMU Social de Paris pour répondre à de nouveaux objectifs. Lutter contre l’exclusion, c’est être disponible nuit et jour, dimanches et fêtes, être mobile, offrir un abri, établir des diagnostics...
Alors deux villes, Bruxelles et Alger ont créé à leur SAMU Social. Et j’ai pensé que d’autres pourraient les imiter. J’ai donc fondé le SAMU Social International pour coordonner nos efforts dans toutes les grandes villes du monde.
J’ai vu comment la vie dans les mégapoles détruit le lien social. Elle contraint les gens dans la rue, à adopter des stratégies de survie. " Où vais-je dormir ? Où vais-je manger ? Où vais-je me faire soigner ? " ce ne sont pas des questions culturelles. On a même découvert l’exclusion des enfants. En France, on ne la connaît pas. Pas encore.
Aujourd’hui, le nouvel état du monde suscite un vrai paradoxe. Notre développement favorise l’exclusion des plus faibles. Elle n’est pas conjoncturelle mais structurelle.
Nous devons encourager toutes les initiatives pour conjurer cette détresse, sans quoi l’exclusion sera notre avenir.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Je voudrais transmettre un savoir-faire. J’ai pour habitude de dire que " l’urgence est une méthode pour sortir de l’urgence". Les gens à la rue sont en danger. Il faut les arracher à cette extrême précarité. D’abord par l’hébergement, puis par les soins. Et surtout, il faut les remettre dans une dynamique de vie.

Il y a une pluralité du monde de l’exclusion : les personnes âgées, les migrants, les gens atteints de maladies psychiatriques, les jeunes en errance, les femmes à la rue.

Les expériences menées dans différentes villes à travers le monde ne sont pas vaines. Nous avons capitalisé tous les cas particuliers de façon à travailler sur des éléments nouveaux. Il faut faire circuler l’information, échanger des données, partager les expériences.
De ces pratiques nouvelles, nous avons fait un enseignement. Le premier concerne l’abord des enfants errants en danger dans les mégapoles et le second, sous forme d’un séminaire à Sciences Po, traite de la problèmatique des grandes villes du nord et du sud.
Je suis très heureux d’avoir participé à ces grandes expériences. Elles ont bouleversé profondément ma vie et ma pratique. Et pour un médecin, c’est extrêmement réconfortant d’être utile et de constater les résultats de son action.
Pour mettre en place de tels dispositifs, j’ai été accompagné par des personnes, des institutions et des entreprises qui ont cru à mon action. Rien n’aurait pu être réalisé sans leur aide et je voudrais remercier en particulier la Fondation Orange de la confiance qu’elle m’a accordée.

Xavier Emmanuelli, Docteur, anesthésiste-réanimateur, Président-fondateur du SAMU social

La Fondation Orange soutient le Samu Social International dans le cadre de son action en faveur de l’éducation des filles.

Elle a ainsi apporté son aide à des programmes de formation pour des intervenants en France, au Sénégal, au Mali et en Roumanie ainsi qu’à une action d’aide aux jeunes filles de la rue au Caire, en Égypte.

 

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