20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (3/20)

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

En premier lieu, je dois beaucoup à mes parents. Ils m’ont inculqué le sens de l’exigence et l’envie de toujours faire mieux ! Et puis, alors qu’ils ne sont pas musiciens, ils ont su écouter le conseil que leur a donné un formidable professeur de musique que j’ai eu en sixième. Constatant que j’aimais chanter et que je semblais doué pour la musique, celui-ci leur a suggéré de m’inscrire dans le conservatoire le plus proche, à Sartrouville où j’ai débuté avec passion l’étude du violon à 11 ans, puis du piano à 15 ans. Après le bac, mes parents ont à nouveau montré une grande ouverture d’esprit. Ils ont bien voulu que je tente ma chance dans la musique. Ils m’ont donné deux ans... C’était un grand saut dans le vide, mais par chance les choses sont allées très vite.

Le jour où j’ai entendu en concert le contre-ténor Fabrice di Falco, une seconde vocation s’est révélée à moi : chanter en voix de contre-ténor ! Depuis, je travaille avec une excellente professeur de chant, Nicole Fallien, qui a travaillé avec de nombreuses voix comme la mienne. Loin de traiter la voix de contre-ténor comme un mécanisme un peu mystérieux, elle m’a toujours fait travailler comme elle le ferait avec une mezzo ou une soprano. Avec exigence, en recherchant la qualité de son optimale, propre à chacun. Elle démystifie cette voix, ce qui me convient tout à fait car je n’ai jamais revendiqué la voix de contre-ténor comme un phénomène à part, un don du ciel. C’est une voix comme une autre, qui se travaille, tout simplement.

Ensuite, il y a eu une double rencontre déterminante. La première était Gérard Lesne. A l’issue d’un stage à Royaumont, il m’a aussitôt engagé pour faire avec lui une production de l’oratorio de Scarlatti Sedecia. Et simultanément j’ai rencontré à Royaumont Jean Claude Malgoire qui, lui, m’a engagé pour la trilogie Monteverdi. Ainsi j’ai découvert le monde de l’opéra entre 20 et 21 ans, alors que j’étais encore au conservatoire. Je n’ai donc pas connu le passage terrifiant de l’étudiant au professionnel. Souvent les chefs hésitent à prendre de jeunes chanteurs qui ont des voix magnifiques mais pas de bagage...
Finalement, deux mots ressortent lorsque je considère mon parcours : exigence et chance. L’une a aidé l’autre.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

J’aime faire découvrir au public des œuvres inédites. Étant curieux de nature, je vais dans les bibliothèques, à Paris ou à l’étranger, à la recherche de raretés. Il est très gratifiant pour un interprète d’apporter sa pierre à une meilleure connaissance de la musique d’une époque. Le choix de mon premier disque, consacré à Benedetto Ferrari, soutenu par la Fondation Orange, était déjà ambitieux. Mais le public a répondu présent, car je suis convaincu qu’il est lui aussi curieux.
Plus récemenet une de mes fiertés est d’avoir contribué à faire mieux connaître l’importance d’un castrat comme Carestini. Et bientôt ce sera un disque d’airs d’opera seria de Jean-Chrétien Bach, un compositeur qui a eu une grande influence sur le développement musical du jeune Mozart.

Nous autres interprètes, nous sommes finalement juste des passeurs d’oeuvres. J’ai toujours eu une grande admiration pour les compositeurs car pour moi l’acte sublime, l’acte premier, c’est la création.

Dans ce métier que l’on fait avec plaisir et passion, où l’on voyage tout le temps, où les gens flattent notre ego, il y a le risque de tomber dans un certain narcissisme. Nous devons garder les pieds sur terre. C’est pourquoi je suis si heureux de pouvoir me rendre utile en parrainant l’association Iris, qui aide les enfants souffrant de déficit immunitaire. J’en parle dès que je le peux, et j’ai donné un concert au bénéfice de l’association. En quelques mois, j’ai déjà le sentiment d’avoir pu apporter quelques chose. Et quand on donne, on reçoit toujours quelque chose en retour. Rencontrer des enfants malades, qui ont une telle maturité, et leurs parents, c’est pour moi une sacrée leçon de vie. Cela me donne une responsabilité, et j’ai envie de continuer. Aller au-devant des autres pour une cause vraiment utile, voilà aussi jusqu’où m’a emmené la musique.

La Fondation Orange a été présente pour les trois premiers enregistrements discographiques de Philippe Jaroussky ainsi que pour ses premiers concerts lyriques en 2004, dirigés par Gabriel Garrido et par Jean-Christophe Spinosi.

 

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