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A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Ma mère a été le personnage essentiel de ma vie. Elle m’a mise sur un pied d’égalité avec mes frères et soeurs. Son regard ne réflétait pas mon handicap. Elle m’a transmis la ténacité et m’a donné le sentiment d’être "normale". Il fallait que je suive. C’était à moi de trouver les moyens de m’en sortir. Elle m’a fait confiance.
Mon père est mort très jeune, à 33 ans. il était ingénieur géophysicien très connu au Bénin, et ses accomplissements m’ont beaucoup inspirée. Etre l’enfant de Germain Olory-Togbé supposait d’être brillant. Il y avait une obligation de réussite.
Je dois aussi beaucoup à mon ophtalmologiste, le Docteur Florence Pinon. Je l’ai rencontrée à l’âge de 6 ans. Elle avait cet amour et cette intelligence dans le regard qui m’ont toujours tirée vers le haut.

Plus tard, le Professeur Corbé* est littéralement devenu mon père spirituel. C’est un homme toujours en quête d’excellence. Ancien Général de l’armée française, il a travaillé avec des astronautes et des pilotes de chasse, des personnes "hyper visuelles", car ils ont une vue supérieure à la moyenne. S’inspirant de cette expérience, il a conçu une méthode de rééducation multisensorielle pour les "basses visions" et a mis en place aux Invalides le service de compensation du handicap visuel pour les personnes malvoyantes.

De mon côté, j’avais développé toute une palette de techniques pour compenser ma déficience visuelle. Etant à la fois une jeune femme, une mère et un chef d’entreprise, il fallait que je sois encore plus performante au quotidien. De plus, j’avais créé l’Agrandi, un journal destiné aux malvoyants : pour quelqu’un dont les yeux deviennent douleureux après trente minutes de lecture, passer ma journée à lire était difficile ! J’ai donc demandé au Professeur de me prendre en rééducation pour mieux appréhender l’espace, la lecture, et finalement, potentialiser mon énergie.

Depuis toujours, l’eau est mon élément. J’aime son contact sur ma peau. L’eau représente les larmes de mes moments de tristesse, mais elle est aussi un repère, un apport primordial dans ma vie. J’ai un souvenir très intense d’un jour où, dans mon enfance, l’eau m’a aidée. Ma mère ne me tenait pas par la main, car il fallait que je me débrouille. Je m’agrippais à son bras. Soudain, je l’ai perdue. Je me suis alors concentrée et j’ai reconnu le bruit de ses pas dans les flaques d’eau.

Dans la vie, la musique est mon diapason. J’ai joué du piano, maintenant je suis harpiste et chanteuse. Faire corps avec son instrument, c’est un peu donner de soi à autrui. Je suis un être de partage, les autres me remplissent.

Enfin l’homme qui partage ma vie, Jacques, est mon compagnon de route. Je me suis construite à travers son regard. A ses yeux, je ne suis pas handicapée ; je suis belle, je suis femme, je suis mère...

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Je suis née pour aider les autres à voir. L’âge ou la condition physique importent peu. On ne doit pas juger quelqu’un à son aptitude à marcher, mais à sa capacité à se relever pour aller plus loin. Quel que soit notre potentiel visuel, nous pouvons apprendre à voir. Ce n’est pas seulement avec les yeux, il faut s’initier à la vie et se poser les bonnes questions, discerner au milieu de tout le vain bavardage visuel de ntore époque ce qui est essentiel. Quelle est notre finalité ? Comment optimiser nos facultés ?
Je souhaite transmettre aux plus jeunes que ce handicap n’est pas une punition ou une fatalité. Qu’ils pensent plutôt : "Là est ma chance, là est mon chemin". Et qu’ils prennent conscience de ce que la différence peut apporter au monde.

Auteur et fondatrice du magazine L’Agrandi

En 2008, la publication du livre d’Olga Faure-Olory Et si le monde n’était que perception… Comment bien vivre avec une basse vision a été soutenue par la Fondation Orange ainsi que la version agrandie de cet ouvrage destinée aux malvoyants.

 

 

* Professeur de physiopathologie sensorielle

Le Professeur Christian Corbé accompagne la Fondation Orange sur de nombreux projets liés à la déficience visuelle. Son témoignage sera mis en ligne sur le blog de la Fondation le lundi 20 avril.

 

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1 commentaire

mercredi 1er avril 2009 17:30 par GALLOT Brigitte

Prendre conscience de sa différence est un grand pas en avant dans l'existence mais savoir l'utiliser pleinement révèle une richesse humaine, une générosité qui vous a permis d'apporter aux autres. Vous avez pu ainsi découvrir votre mission grâce à votre persévérance, votre courage et votre confiance en la vie. Je trouve que cette citation du Petit Prince de St Exupéry résume tout concernant votre parcours : "On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux" Merci Olga, vous êtes un "soleil" pour tous ceux qui sont atteints de basse vision. Votre sourire l'exprime merveilleusement.

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