20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (6/20)

Gérard Magnin

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

L’une des grandes influences de ma vie a été ma carrière de cadre aux chemins de fer. Dans toutes mes activités, qui exigeaient disponibilité, rigueur et précision, il y avait déjà une part importante de gestion des ressources humaines. Mais j’ai par choix dirigé un centre de formation des cadres, j’ai initié les agents aux fonctions de sécurité. Il fallait les consolider et les rassurer : il est rare d’être sûr de soi quand on prend pour la première fois les leviers d’aiguillage ou de signaux ! Je faisais cela par goût personnel. Cette option n’est pas tout à fait hasard. Elle faisait suite à un début de carrière dans l’enseignement avec une maîtrise en physique-chimie et j’ai été professeur pendant quelques années. Cela aussi m’a influencé.

La troisième influence, la plus forte, est aussi la plus souterraine. D’une part, dix années de scoutisme qui ont marqué mon adolescence et ont développé chez moi les notions de service, d’exploit, d’épreuve... et même le goût du défi. Et puis l’éducation et la culture chrétiennes dans lesquelles j’ai baigné, avec toujours cette exigence de service et de disponibilité. Mais surtout, ce qui m’aura le plus profondément marqué aura été l’orientation, l’ouverture à l’invisible.
Ceux qui travaillent avec les enfants autistes doivent avoir ce regard sensible qui discerne la part invincible de l’humain. Ce qui nous anime et nous donne de la force, c’est la foi en une étincelle perçue un jour, et la conviction que cette étincelle pourra se reproduire et se pérenniser.
Enfin, puisque j’ai aujourd’hui soixante-huit ans, il y a eu mon début de retraite dans un petit village de Haute-Savoie. J’y ai appris les vertus de la solidarité, de l’attention à l’autre, de la gratuité des travaux collectifs largement rémunérés par la chaleur humaine qu’on y recueille.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

A l’avenir, je voudrais continuer à être au bon endroit, au bon moment, pour favoriser l’émergence de compétences jusque là non exprimées ou même totalement méconnues.
Depuis 2002, j’accompagne une jeune fille avec autisme, Mercedes. Elle avait à l’époque un peu plus de onze ans, elle en a aujourd’hui dix-huit. Depuis l’âge de trois ans, elle a vécu en permanence à l’hôpital psychiatrique. Au début, je la rencontrais dans le service pour enfants et, depuis cette année, dans le service pour adultes. Elle est moins suivie par le personnel soignant parce qu’elle est devenue moins difficile. Au début chaque fois que je la voyais, j’en ressortais très affecté ; à tel point que ma femme m’attendait toujours dans la voiture. Je ne savais plus trop où j’en étais quand je sortais de là. Ça durait une heure et c’était très éprouvant. Ça l’est toujours, mais on s’est habitués l’un à l’autre. Et puis il y a eu des progrès.
J’espère voir un jour Mercedes prendre son envol. Maintenant qu’elle a pris goût aux relations humaines, un peu grâce à moi, j’aimerais qu’elle puisse tisser elle-même son treillis de relations, qui la feront femme. De la même manière que tout ce parcours a fait de moi un homme, les enfants que j’ai éduqués ont fait de moi un père et le grand-père de six petits-enfants. Et de Mercedes.
En 2001, à Noël, j’ai été content de retrouver l’association Volontaires pour les autistes, créée par la Fondation Orange dont j’avais eu connaissance dans la Revue générale des chemins de fer. J’ai trouvé très beau qu’une entreprise de communication s’intéresse à ceux qui ne communiquent pas. J’ai été très heureuse de faire un bout de chemin avec eux.

Bénévole pour l’association Volontaires pour les autistes

 

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1 commentaire

mercredi 8 avril 2009 11:02 par Fanette

Quel plaisir de lire ce témoignage. C'est super de rendre hommage à des personnes qui se sont souvent battues pour faire vivre leur projet et grâce à qui l'espoir est justifié. Merci pour cette série de rencontres enrichissantes, vivement le prochain article !

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