20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (13/20)

Philippe Herreweghe, Chef d’orchestre et chef de chœur

La Fondation Orange a accompagné de 1988 à 1993 les ensembles fondés et dirigés par Philippe Herreweghe : l’ensemble de musique baroque La Chapelle Royale, l’Ensemble Vocal Européen, le Collegium Vocale de Gand.

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Le premier nom qui me vient à l’esprit est Marcel Gazelle, le très grand musicien qui m’a enseigné le piano. Le Conservatoire de Gand était pour moi comme un temple, et il en était le prêtre. Il m’a fait connaître la grande littérature de piano.
Dans le collège de Jésuites où j’ai effectué ma scolarité, il y avait toute une discipline intellectuelle et religieuse, mais aussi une vie musicale avec un chœur de bon niveau. Nous chantions Palestrina, Schütz, Bach… Dès l’âge de quatorze ans, j’ai commencé à diriger.
A 18 ans, j’ai fondé le Collegium Vocale de Gand. D’emblée, il s’est consacré à la musique ancienne, plus particulièrement à Bach. C’est alors que Gustav Leonardt, le héros musical de mon adolescence, m’a demandé d’enregistrer avec lui toutes les cantates de Bach ! Ainsi, quelques années durant, il fut mon maître en musique. Dans les cantates, il tenait la partie de clavecin. Je dirigeais – en amateur, car j’étais alors étudiant en médecine – mais c’était lui le véritable directeur artistique. Dans cet orchestre, j’ai connu de grands musiciens comme le violoncelliste Anner Bylsma et le flûtiste Frans Brüggen. Une partie des cantates a été enregistrée à Vienne avec Nikolaus Harnoncourt. Cette collaboration fut importante pour moi.

J’ai par ailleurs été très inspiré par Alfred Deller. Je ne l’ai jamais rencontré, mais il fut mon guide. Ce merveilleux contre-ténor, précurseur de tous les chanteurs baroques, a été déterminant pour la définition de mon esthétique vocale.
Dans le domaine contemporain, j’ai bien connu le compositeur Henri Pousseur qui dans les années 1980 était directeur du conservatoire de Liège. Un grand théoricien de la musique. Chez lui, j’ai rencontré d’éminentes personnalités de la musique contemporaine.
Depuis une quinzaine d’années, avec l’Orchestre des Champs-Élysées, je me concentre principalement sur le XIXe siècle. Haydn, Beethoven, et surtout Schumann, Bruckner, Brahms, Mahler. Je considère Bruckner comme un compositeur « clé de voûte » ; il est pour moi, après Bach, le plus grand architecte de la musique. Pour ce répertoire, le chef d’orchestre Günter Wand a été un modèle.
Mes sources d’inspiration, c’est aussi la peinture et l’architecture. A Sienne, dans ma jeunesse, j’ai été ébloui par Piero della Francesca, Giovanni Bellini et les architectes de la Renaissance. J’aime aussi beaucoup le peintre allemand Kaspar Friedrich. Quant aux écrivains qui m’ont influencé, il serait trop long de les citer…

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Ce que j’aimerais apporter aux autres… Je me suis parfois demandé, dans des moments sombres, si je n’aurais pas mieux fait d’être médecin en Afrique. Mais je crois que c’est par la musique que je puis être le plus utile. À condition de la faire avec la plus grande pureté, avec tout l’enthousiasme et toute l’authenticité possibles.
Pour des productions à venir, j’aimerais me consacrer à quelques domaines choisis. Les musiques polyphoniques de la fin de la Renaissance, d’Orlando di Lasso et Vittoria jusqu’à Monteverdi.
Et puis Bach, encore et toujours, dans le sens d’une plus grande profondeur.
Je souhaite également poursuivre le travail entrepris avec l’Orchestre des Champs-Elysées autour de la musique romantique tardive, qui rejoint ce qui a été fait en France dans les années 1980 sur la musique baroque. Donner un autre éclairage de ces musiques en les jouant sur les instruments de l’époque des compositeurs, de Schumann à Debussy. Cela s’accompagne d’une recherche stylistique très documentée. Toujours dans l’idée d’aller vers une plus grande pureté, une plus grande authenticité.
Et j’ai encore un nouveau projet. Créer un jeune chœur symphonique de très haut niveau, comme il en existait au XIXe siècle, qui réunirait des jeunes chanteurs de toute l’Europe. Ce serait une aventure fantastique, à la fois humaine, politique, musicale et vocale.
Enfin, j’aimerais trouver un meilleur équilibre entre l’action et la réflexion. Avoir un peu plus de temps libre, tout simplement !

 

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1 commentaire

lundi 16 novembre 2009 11:45 par kristina

Votre engagement pour la musique fait écho à ma propre réflexion et cheminement professionnel. Juriste en entreprise de métier et musicienne grand amateur(piano/chant), j'aimerais pouvoir consacrer davantage de temps à ce qui nous relie , à travers notamment la musique. J'ai eu l'occasion de côtoyer de grands musiciens, tels Yoêl Levi, Michel Piquemal Pierre Calmelet et Olivier Schneebeli. Peut-être un jour aurai-je la chance de rencontrer Philippe Herreweghe. Bravo pour votre engagement et votre soutien à la Fondation Orange. je serais très heureuse de participer à l'une de vos actions, d'une manière ou d'une autre.

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