20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (14/20)

Julien Lauprêtre, Président du Secours populaire français

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

L’exemple de mon père a beaucoup compté dans mon engagement. C’était un homme d’une probité, d’une droiture extraordinaire. Gravement blessé à la guerre de 1914, il est devenu employé aux chemins de fer. Il a créé le syndicat CGT à la gare de Lyon. Toute sa vie, il a été un militant syndical et politique. Et pendant l’Occupation, il fut l’un des dirigeants des cheminots résistants.
Après la guerre, il a été élu conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine. Ses mérites ont été reconnus puisqu’il existe maintenant une place Jean Lauprêtre dans le 12e arrondissement, au coin de la rue où je suis né.

J’avais dix ans quand je suis parti pour la première fois en vacances, en 1936. Quand je voyais que certains possédaient tant de choses et que d’autres devaient se priver, cela m’indignait. Depuis, j’ai toujours été révolté par l’injustice.
Le souvenir d’un autre homme m’a beaucoup marqué. J’avais à peine dix-sept ans et, avec deux copains, j’ai créé un groupe de résistance. Puis, nous sommes devenus membres de la jeunesse communiste clandestine. Lorsque j’ai été arrêté le 20 novembre 1943, je me suis retrouvé en prison à la préfecture de Paris avec un homme qui avait les chaînes aux pieds. Il m’a demandé "Pourquoi es-tu ici ?" Méfiant, j’ai répondu : "Ils disent que j’ai fait de la propagande anti-hitlérienne, moi je n’ai rien fait du tout". Il m’a dit "Je vais être fusillé, mais toi tu vas t’en sortir. Toute ta vie, il va falloir que tu fasses des choses utiles. La société est trop injuste". L’homme qui me parlait ainsi était Manouchian, le célèbre militant et résistant. Nous avons partagé la même cellule pendant 8 jours. Quand j’ai été remis en liberté surveillée, 4 mois plus tard, la première chose que j’ai vue, c’est l’Affiche Rouge. Partout, il y avait ces affiches qui montraient les visages de ceux que j’avais côtoyés en prison. Ils avaient tous été fusillés en février 1944 au mont Valérien. Cette affiche a suscité une grande émotion. Il y avait des passants qui écrivaient par-dessus. "Morts pour la France". J’ai été très marqué par ces hommes de l’Affiche Rouge. Ils m’ont donné une foi inébranlable pour faire quelque chose d’utile dans la société.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Voilà plus de cinquante ans que je suis président du Secours populaire ; je consacre ma vie à combattre l’injustice. Pour moi, ce n’est pas un sacrifice. Notre passage sur terre est tellement court ! Alors, si je peux aider les autres… Au Secours populaire, nous arrivons à faire manger des gens à leur faim, à les vêtir, à les épauler.
Quand on voit la joie des enfants qui viennent de la région Centre et découvrent la Tour Eiffel, ou les Franciliens qui découvrent la mer pour la première fois ou les enfants qui s’activent partout avec « Copain du monde » ! Tout cela est vraiment un sérum extraordinaire qui m’apporte la volonté de continuer.
L’un de mes objectifs, c’est de faire de l’année 2009 une grande année de solidarité pour les enfants d’Europe et du monde. Ce sera le vingtième anniversaire de la signature de la Convention internationale des droits de l’enfant. Malheureusement, je constate que, partout, ces droits sont ignorés ou bafoués. J’ai lu qu’au Congo des enfants de 10 à 12 ans étaient enrôlés dans l’armée.
Quand je vois le nombre d’enfants qui meurent de faim, quand, chez nous, il y a toute cette misère, des sans-logis, des sans nourriture, des sans soins, des sans vacances parfois des sans-papiers, ce que j’appelle "l’armée des Sans", je trouve que c’est bien que nous fassions le nécessaire pour eux.
Au Secours populaire, nous avons de grands projets pour 2009, pour qu’il y ait davantage d’enfants qui puissent partir en vacances, accéder aux soins, vivre comme des gens heureux.
Je voudrais que cette Convention internationale des droits de l’enfant soit vivante pour chacun, tous les jours.

 

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