20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (15/20)

Gérard Lesne, Fondateur et directeur artistique d’Il Seminario Musicale, chanteur

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Le destin a joué un grand rôle dans ma vie. Les rencontres les plus décisives ont toujours semblé être le fruit du hasard. A l’adolescence, après quelques premières errances musicales, j’ai rencontré une dame, simple professeur de musique dans mon école, qui a remarqué ma voix. Bien que ma voix parlée eût naturellement changé avec la mue, j’avais eu la chance de garder intacte ma jolie voix d’enfant chantée. Ses encouragements ont été un premier déclencheur. A l’époque, Pink Floyd est le groupe qui m’a construit, qui a le plus compté pour moi, C’était l’univers vocal dans lequel je voulais évoluer. Ca a été un choc très puissant.

Puis, vers dix-huit ans, j’ai auditionné pour Irène Jarsky, grande chanteuse engagée dans la musique contemporaine, qui enseignait au conservatoire de Pantin. Elle m’a dit : « Je n’ai rien à t’apprendre. Je peux tout au plus te donner quelques conseils ». Elle m’a mise en relation avec René Clemencic, le fondateur du Clemencic Consort. Il a aimé ma tessiture de soprano aigu, le côté naturel de ma voix. Il m’a aussitôt engagé, ce qui fut pour moi une chance extraordinaire. En dix ans, René Clemencic m’a littéralement appris la musique. De la musique médiévale, le plain-chant ou chant grégorien, au répertoire du XVIIIe siècle. J’ai dû aussi très vite apprendre l’italien, le latin, l’allemand. René Clemencic a changé ma vie. Sans lui, qu’aurait été mon parcours ? Durant cette période, j’ai également travaillé cinq ans avec les Arts Florissants. Une expérience dure, mais très formatrice, car William Christie est d’une exigence extrême. Puis j’ai rencontré Philippe Herreweghe, à qui je dois de m’avoir fait découvrir l’essence de la musique de Bach. Il dirige avec une intériorité extraordinaire. J’ai aussi travaillé avec René Jacobs, dont la démarche intellectuelle très intéressante a été le point de départ de ma réflexion sur la voix d’alto masculine. Enfin, alors que j’étais âgé d’une trentaine d’années, est survenue la rencontre qui a marqué le grand tournant de ma vie. Je venais d’enregistrer le Stabat Mater de Vivaldi. Une cassette de cet enregistrement s’est retrouvée entre les mains d’Olivier Tcherniak, qui avait la responsabilité de la Fondation France Télécom. L’écoutant par hasard, il est resté stupéfait. Puis il a reconnu ma voix, car il m’avait déjà entendu lors du Festival de Saintes. Non seulement il a aidé la production du disque, mais il m’a proposé un mécénat. Quel choc ! Je n’en revenais pas. J’ai même été angoissé par une telle responsabilité. Mais à partir de là, ma vie était tracée. C’est ainsi que mon ensemble, Il Seminario Musicale, a pu voir le jour en 1985.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

A travers mon enseignement je m’efforce de transmettre l’idée du plaisir dans le chant. Le plaisir est essentiel pour que l’émotion s’exprime. Or, souvent, l’apport technique du bel canto prive les chanteurs de liberté. J’essaie alors de tout remettre à plat pour aller à l’essence même des choses. J’ai développé pour la voix d’alto une technique, la plus lumineuse possible, qui va vers l’essentiel de la voix. Une voix qui cherche à être à la fois aérienne et charnelle.
Pour redonner à mes élèves le plaisir sensuel de chanter, je les fais improviser dans un style modal, comme les pièces que j’ai écrites pour mon spectacle le Mythe du Centaure, où elles se mêlent à de la musique du XVIIè siècle. Ce genre d’exercice d’improvisation modale procure un plaisir quasi initiatique. Enfin, je dis à mes élèves que, tels des hommes de théâtre, nous sommes là pour une chose : prendre le public par la main et le transporter dans un univers de rêves, de pure émotion, et d’absolue limpidité.

 

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