20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (16/20)

Pr. Catherine Barthélémy
Professeur, pédopsychiatre, physiologiste au CHU de Tours, unité Inserm 930

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Médecin, enseignant, chercheur, responsable d’association… tout mon cheminement a été le fruit de rencontres. Ma vocation pour la médecine s’est éveillée au contact d’une pédiatre, amie de la famille. Elle me racontait la souffrance des enfants qui ne pouvaient pas parler, les maladies graves que l’on peut prévenir, celles que parfois on ne peut guérir… et son rôle auprès des familles et des enfants, jusqu’au dernier moment. Cette femme généreuse et exigeante a inspiré ma vie.
La deuxième rencontre marquante fut Émile Aron, un grand médecin dont j’ai suivi les visites en tant que stagiaire. Il m’a fait comprendre l’importance de l’écoute. Écouter, inspecter, palper, percuter, ausculter ; de là émergeait le diagnostic. Il passait beaucoup de temps au chevet de chaque malade.

La troisième grande rencontre fut Gilbert Lelord, mon maître à la Faculté de médecine de Tours. Psychiatre, il enseignait la physiologie et s’intéressait particulièrement au fonctionnement du système nerveux. J’étais enthousiasmée de comprendre que les circuits nerveux pouvaient transmettre à très haute vitesse des messages qui permettent à l’être humain non seulement de bouger et de survivre mais aussi de communiquer. C’est la physiologie de la relation.
Un jour, il m’a emmenée dans le service de psychiatrie. J’ai vu cette grande souffrance, cette impossibilité à résoudre une angoisse interne, dans la schizophrénie ou la dépression… Mais il devait y avoir un lien, encore mal compris, entre cette souffrance et des altérations du fonctionnement interne du « cerveau social ».
Là était l’objet de nos recherches. Et chez les enfants dits « inéduquables », quels mécanismes cérébraux pouvaient être liés à leur incapacité à acquérir les apprentissages élémentaires, à communiquer ?
Au cours de ma formation scientifique, j’ai travaillé pendant un an dans l’équipe de Jacques Glowinski au Collège de France. Dans la lignée de la médecine expérimentale de Claude Bernard, j’ai étudié les effets de l’anxiété et du stress sur certaines substances cérébrales comme la dopamine, la « molécule des émotions ».
Il y eut ensuite Rose-Marie Daum, maman d’un enfant autiste. Invitée chez elle, j’ai compris ce qu’était le vécu de l’autisme au quotidien, l’enfermement de ces enfants, l’isolement des familles, exclues de la société parce qu’on croyait encore que les mères étaient responsables…
Et les rencontres avec les enfants ! Certains, je les ai connus à l’âge de deux ans, et ils en ont aujourd’hui vingt. Ils m’ont aidée à comprendre beaucoup de choses essentielles. Les personnes avec autisme sont des personnes vraies, authentiques, sans calcul, mais aussi sans défense.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Les projets sont enracinés dans notre propre histoire. Je souhaite continuer dans mes recherches, mais aussi dans la formation des plus jeunes. Transmettre est essentiel. Mon engagement est d’entretenir l’élan de toutes ces équipes, parfois débutantes, qui travaillent avec nous, les aider, leur donner envie d’aller plus loin.
Je dois souligner combien l’apport de la Fondation Orange a été fondamental. Ce qui s’est passé à Tours depuis la mise en place de ce mécénat est considérable. Financement des recherches, construction d’un nouveau service, aide à la communication, à la formation, à la transmission de connaissances, à l’organisation de journées pour les familles…
La prochaine étape de la recherche sera peut-être la mise en évidence des réorganisations intracérébrales qui surviennent, sans doute, lorsqu’on arrive à réinstaller l’enfant avec autisme dans une relation plus harmonieuse avec son environnement. Reconnexion ? Mise en circuit d’un réseau nouveau ? Un grand challenge.
Par-dessus tout, il est essentiel que l’enfant demeure au cœur de tous nos travaux, et que soit établi un vrai partenariat, un câblage direct avec les familles. Cela doit s’installer au niveau de l’Europe !

 

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