20 rencontres de partenaires de la Fondation Orange (20/20)

Sœur Sara, Ordre religieux égyptien des Filles de Marie

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Ce sont mes parents qui m’ont ouvert les yeux sur la nécessité d’aider les pauvres. J’allais dans l’école des sœurs de Saint-Joseph de Lyon. Nous pouvions voir au bord du Nil des gens qui vivaient dans des cabanes. De notre école dépendait une école gratuite ; nous y allions pour aider les filles à nettoyer, à faire de la couture, pour leur porter des provisions. Ensuite j’ai rejoint la congrégation des Filles de Marie. Cet ordre, fondé en 1965 par Mgr Athanasios, a pour vocation d’aller vers les pauvres. Pour la première fois, des sœurs jouaient un rôle actif dans notre église copte orthodoxe.
Un jour Sœur Emmanuelle est venue dans notre maison de Beni Suef, au sud du Caire.

Elle nous a invitées à venir voir ce qu’elle faisait. Et moi, égyptienne, religieuse, qui avais fait vœu de pauvreté, je suis arrivée chez les chiffonniers et j’ai été bouleversée. Jamais je n’avais vu des gens vivre dans de telles conditions. Les tas d’ordures, la puanteur, les enfants sales parmi des chats, des chiens, des mouches, des cochons… Mes larmes ont coulé trois jours de suite. Sœur Emmanuelle a demandé à mon évêque de me permettre de la rejoindre, et voilà maintenant trente-trois ans que je suis là.
Nous vivions parmi les chiffonniers. Cela les mettait en confiance. A l’époque, les filles étaient mariées à 10, 12 ans, les femmes étaient souvent battues, les garçons s’enivraient, quatre bébés sur dix mouraient du tétanos à cause de morsures de rat et de manque d’hygiène. Une accoucheuse, une espèce de sorcière, coupait le cordon ombilical avec un bout de ferraille ramassé par terre…
Nous avons retroussé nos manches, lancé des campagnes de vaccins, ouvert des écoles et des jardins d’enfants, appris aux femmes la couture et la broderie pour qu’elles puissent gagner leur vie, aménagé des terrains de foot pour les garçons…
Et il y a eu tant de progrès, tant de réalisations ! Je disais à Sœur Emmanuelle, pour la taquiner : « Emmanuelle, tu m’as trompée ; tu m’as invitée à travailler avec toi en m’occupant d’un petit jardin d’enfants, et tu me laisses avec soixante activités dans les trois quartiers de chiffonniers ! » Mais je suis heureuse car nous sommes aujourd’hui 37 religieuses dans ces quartiers, avec un personnel de 1200 salariés dont un tiers sont des ex-chiffonniers. Et vous avez vu comme nos écoliers sont propres, on ne croirait jamais qu’ils sont enfants de chiffonniers !
Au début il n’y avait dans nos écoles que deux filles pour vingt-trois garçons. Les gens disaient : « A quoi bon apprendre à lire et à écrire ? Nous resterons éternellement des chiffonniers. » Aujourd’hui, près de 85% des enfants sont scolarisés, les filles restent à l’école jusqu’à 18 ans, puis elles font des études supérieures. Et nous avons lancé un programme de 1200 logements en dur pour les familles de chiffonniers, avec l’eau et l’électricité. Les charrettes tirées par des ânes ont été remplacées par des camionnettes de seconde main.

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Mon souhait pour l’avenir, c’est bien sûr de continuer. Les résultats sont très encourageants. Ce que nous avons pu réaliser, je dis toujours que ce n’est pas grâce à Sœur Emmanuelle ou à Sœur Sara, mais grâce à tous ceux qui ont participé. Qu’aurions-nous pu faire au début avec les 2 dollars qu’Emmanuelle recevait de sa congrégation et les 7 livres que je recevais de la mienne ? Nous devons beaucoup à Jean Sage qui, avec Sœur Emmanuelle, a fondé « Opération Orange de Sœur Emmanuelle » – une orange par semaine et par enfant. Il n’a jamais baissé les bras. Il reste fidèle, avec toute son association de bénévoles.
Tous les amis qui nous accompagnent sur le chemin sont indispensables. Pour la suite, je dirais ceci : il ne faut jamais se décourager. Ne pas s’arrêter à des petits détails, mais faire avancer les choses.

 

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1 commentaire

mardi 14 juillet 2009 18:37 par soleil19

YALLA, en arabe ou EN AVANT, en français. Le mot préféré de Soeur Emmannuelle a germé dans les esprits de tous ses proches. Ils ont pu ainsi reprendre ce flambeau de lumière et d'espoir. Que de chemin parcouru ! Mais tel Le Petit Poucet les chiffonniers vont eux-aussi trouver leur Maison ... Il en aura fallu des petits cailloux ! Ils n'en seraient pas arriver là s'ils ne nous avaient pas fait partager la recette de ce cocktail si rafraîchissant en cette période estivale (simplicité, bonté, solidarité et générosité). Et si nous la préparions aussi chacun à notre façon !!!!!!

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