Amadis de Gaule à l'Opéra Royal de Versailles : Entretien avec Jérémie Rhorer

jeremie rhorer, nov. 2011Le chef d’orchestre Jérémie Rhorer, est co-directeur artistique de l’ensemble Le Cercle de l’Harmonie, créé en 2005 avec le violoniste Julien Chauvin.Ils décident tous deux de servir le grand répertoire symphonique et lyrique de la fin du XIIIème siècle. Défendant les plus grands chefs-d’œuvre de Mozart et Haydn, ils sont autant passionnés par le répertoire français, particulièrement celui d’une période charnière qui va de la fin de l’Ancien Régime au premier Empire.
Depuis sa fondation, la notoriété du Cercle de l’Harmonie n’a cessé de croître. Après avoir débuté au Festival de Beaune avec Idoménée de Mozart en 2006, il s’est produit dans les plus grandes salles et festivals en France et en Europe.
Le Cercle de l’harmonie a répondu présent lors de la dernière Nuit de la Voix organisée par la Fondation Orange le 4 novembre dernier au théâtre du Châtelet. Nous rencontrons Jérémie Rhorer suite à cet évènement.

Emmanuelle Zoll :Lors de la dernière nuit de la voix organisée par la Fondation Orange, vous avez interprété avec le Cercle de l’harmonie un programme d’une trentaine de minutes avec deux extraits symphoniques de Beethoven et deux extraits de Mozart, un air d’opéra et un air de musique sacrée. Est-ce un exercice difficile ?

Jérémie Rhorer : Quand l’œuvre n’est pas jouée dans son intégralité, ça n’est pas un exercice facile ! Il faut immédiatement communiquer au public le génie de la partition ; pas le temps de se chauffer. Il faut tout donner en une demi-heure ; j’ai eu le trac, bien plus que pour d’autres concerts.J’étais très heureux d’avoir participé à cette soirée, d’autant plus que certains salariés présents venaient pour la première fois au concert, m’a-t-on dit.

julie fuchs jeremie rhorer, nov. 2011

EZ  : Le Cercle de l’Harmonie est soutenu depuis maintenant 4 ans par la Fondation ; Comment s’est déroulée votre première rencontre ?

JR  : Nous répétions Idoménée de Mozart pour le festival International de Musique Baroque de Beaune. Olivier Tcherniak, alors secrétaire général de la Fondation et Marie Sophie Calot De Lardemelle, responsable du Mécénat musical sont venus assister à une répétition de l’ensemble à la cité universitaire de Paris. Notre travail leur a plu. La Fondation Orange a d’abord commencé par financer un enregistrement de qualité de notre représentation à Beaune. Grâce à cet enregistrement envoyé à différents programmateurs dans des festivals nous avons pu nous faire connaître et trouver des dates de concerts. Nous avons fait du chemin depuis.

EZ : Vous serez prochainement à l’Opéra du Château de Versailles pour une recréation d’Amadis de Gaule de Jean Chrétien Bach.

JR  : C’est le dernier fils de Bach, l’un des moins connus. Il est parti en Italie après la mort de son père vers 1755 pour étudier l’Opéra. On le retrouve vers 1772 à Mannheim où vient de se créer le premier orchestre symphonique, qui va servir de laboratoire pour de nombreux compositeurs. Jean Chrétien Bach fait partie alors du mouvement Sturm und Drang, qui succède à la période des lumières, et qui préfigure l’avènement du romantisme par un retour à une certaine intériorité.

EZ : Comment avez-vous découvert la partition d’Amadis de Gaule ?

JR :Je l’avais découverte il y a quelques années lorsque je préparais Idoménée de Mozart, au Centre de Musique Baroque de Versailles. On sait que la musique de Jean Chrétien Bach a eu de l’influence sur celle de Mozart. Ils se sont rencontrés à Londres quand Mozart n’avait que 8 ans et ils sont restés assez proches. Amadis de Gaule est une commande de l’Opéra de Versailles en 1777. L’Opéra est créé en décembre 1779. On pense que Mozart a probablement eu la partition en main entre 1779 et 1781, année de la création d’Idoménée. Amadis de Gaule pourrait avoir en partie servi de modèle pour l’écriture d’Idoménée. On retrouve dans les deux opéras des airs construits selon le même modèle, on reconnait des structures musicales similaires.
A titre d’exemple on peut évoquer des éléments qui relèvent du fantastique :
Dans une scène au tombeau issue d’Amadis, Jean Chrétien Bach utilise des crescendos de bois et de trombones pour évoquer les puissances des ténèbres. Dans Idoménée Mozart utilise ces mêmes procédés pour mettre en relief la voix souterraine du Dieu Neptune.
Dans la plupart des autres opéras écrits par Jean Chrétien Bach, l’intérêt dramatique des livrets laisse à désirer, ou alors la musique n’est pas assez riche harmoniquement. Il m’était difficile de rendre justice à ce compositeur autrement qu’en recréant Amadis de Gaule, qui est à la fois une œuvre cohérente et personnelle. L’intrigue offre des rapports psychologiques riches car les deux personnages principaux forment un couple maléfique qui cherche à briser les rêves du chevalier Amadis de Gaule et de sa belle Oriane.

 

amadis de gaule, nov. 2011C’est une véritable tragédie lyrique de tradition française inspirée des lumières. La musique est vive, alerte et contrastée.

EZ : Comment travaillez-vous avec les metteurs-en-scène ?

JR : Je suis ouvert aux rencontres et curieux de me confronter à d’autres univers artistiques. J’ai surtout travaillé avec des metteurs en scène issus de la scène théâtrale pour chercher avec eux ce que leur expérience pouvait apporter de plus à une œuvre musicale. Nous discutons beaucoup en amont des répétitions, car parfois l’absence de culture musicale peut amener un metteur en scène à plaquer sur un opéra une vision purement théâtrale, comme si les compositeurs n’exprimaient pas une partie du drame dans la musique. On arrive parfois, de cette manière, à des contresens irréparables.

EZ :Comment pensez-vous la distribution des Opéras ?

JR : Sur chaque projet, j’essaie avant tout de constituer une équipe de chanteurs qui possèdent un esprit de troupe. Je recherche avant tout une unité stylistique. C’est parfois difficile car les paramètres financiers rentrent malheureusement en ligne de compte et prennent parfois le pas sur les choix artistiques. Le plus souvent je tente de rassembler des jeunes chanteurs encore ouverts à un certain style de travail, c’est-à-dire créer une énergie commune qui soit au service de la musique et au service des enjeux psychologique de l’intrigue.

EZ :Est-ce que vous abordez de la même manière les répétitions d’un opéra inconnu et celles d’un ouvrage célèbre ?

JR : J’essaie avant tout de revenir au texte et de le respecter. Je refuse de me référer à une prétendue tradition d’interprétation. Je n’écoute pas les versions précédentes d’une œuvre avant de travailler. Je passe des heures avec la partition, à la table ou au piano pour comprendre comment un compositeur a théâtralisé musicalement son sujet, comment est structuré tel ou tel air. Mon souci est de rapprocher le plus possible du point de vue du compositeur et de le servir au mieux.
Quand il s’agit d’une œuvre méconnue, l’implication est peut-être plus grande parce que nous portons la responsabilité de la faire aimer ou pas.


AMADIS DE GAULE

TRAGÉDIE LYRIQUE en 3 actes de Jean-Chrétien Bach. Livret d’Alphonse de Vismes d’après Philippe Quinault, Créée à l’Académie royale de musique le 15 décembre 1779

Le Cercle de l’Harmonie
Compagnie de danse Les Cavatines
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles

A l’Opéra Royal de Versailles : 20H / 10 et 12 décembre 2011.

A l’Opéra Comique de Paris, salle Favart
20H / lundi 2, mercredi 4, vendredi 6 janvier 2012
15H / dimanche 8 janvier 2012

Direction musicale, Jérémie Rhorer
Mise en scène, Marcel Bozonnet
Chorégraphie, Natalie van Parys
Scénographie et décors, Antoine Fontaine
Costumes, Renato Bianchi
Lumières, Dominique Bruguière

 

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