Haiti : Rencontre avec l'UNICEF

Nathalie-Fiona Hamoudi est spécialiste de l’éducation en urgence. Elle a rejoint Haïti, en février dernier, pour soutenir les équipes permanentes de l’Unicef dans le secteur éducatif, notamment dans le cadre de la finalisation du plan d’approvisionnement des équipements scolaires et des infrastructures d’accueil provisoires. Rencontre.

Comment l’Unicef organise-t-elle la gestion de ses équipes sur le terrain depuis le tremblement de terre du 12 janvier dernier ?

L’Unicef est présent en Haïti depuis 1949 et compte environ 150 membres permanents au sein de ses bureaux situés à Port-au-Prince, la capitale. Depuis le séisme, une centaine de spécialistes en urgence en matière d’éducation est venue prêter main forte aux équipes sur place pour des missions visant à répondre aux besoins immédiats. J’ai moi-même rejoint Haïti à la mi-février pour environ deux mois. L’ampleur des dégâts est telle et les besoins humains et matériels si démesurés que le bureau de l’Unicef procède actuellement au recrutement d’équipes permanentes en renfort pour la mise en place et le suivi de projets de longue haleine, notamment en matière de reconstruction des établissements scolaires.

Deux mois environ après la catastrophe, quelles sont les estimations des dégâts et des besoins ? Et les réponses de l’Unicef sur le terrain ?

Le tremblement de terre est le 7e que connaît le pays, mais incontestablement le plus meurtrier, le plus dévastateur. Nous sommes confrontés à une catastrophe humanitaire sans précédant, avec 300 000* décès recensés à ce jour et plus de 3 millions* d’Haïtiens, soit un tiers de la population du pays, sévèrement affectés, surtout dans la capitale. Pour ne citer que les chiffres inhérents au secteur éducatif, les pertes humaines, dont le bilan ne cesse de s’alourdir, sont considérables : 40500* élèves, 13 000* enseignants, 193* fonctionnaires du secteur éducatif et cinq* membres du ministère de l’Éducation. Côté matériel, plus de 5 500* écoles ont été détruites ou endommagées, dont 90 % à Port-au-Prince et à l’ouest du pays. Au-delà des opérations d’urgence, nos actions se concentrent actuellement sur la finalisation du plan d’approvisionnement des équipements scolaires et des infrastructures d’accueil provisoires. Notre priorité est de tout mettre en œuvre pour que les quelque 2,9 millions d’enfants actuellement privés de scolarité puissent reprendre les cours dès le mois d’avril et mener à terme leur année scolaire, prévue fin août, grâce à un programme d’enseignement accéléré. En attendant la reconstruction des écoles en dur, nous avons déployé tout un arsenal de mesures : mise en place de près de 4 000 écoles temporaires sous tente et de 720 espaces ludiques et d’apprentissage, distribution de kits éducatifs, récréatifs et ludiques pour tous les âges, formation du personnel enseignant pour la prise en charge psychologique et sociale des enfants les plus vulnérables, mise à disposition de bureaux préfabriqués pour permettre aux membres du ministère d’être à nouveau opérationnels… L’ambition est d’offrir aux enfants un cadre stable, sécurisant, un retour à une vie « normale ».

Quelle est la stratégie de l’Unicef pour reconstruire un système éducatif jusque-là fondé sur une logique inégalitaire ?

En Haïti, 60 % de la population est analphabète et, avant le séisme, seul un enfant sur deux était scolarisé. Rien de surprenant si l’on considère le paysage éducatif haïtien par le truchement de ses faiblesses en matière d’accès, d’équité, de qualité d’enseignement, du nombre insuffisant de ses enseignants. Dans un pays où l’éducation concentre tous les espoirs d’avenir, il est indispensable d’envisager une transformation radicale du système éducatif afin d’aider sa jeunesse à se relever de la catastrophe et à rester debout. C’est pourquoi la stratégie globale de l’Unicef ambitionne un retour de tous les enfants à l’école. Notre programme « Movement for learning in Haiti » incarne cette dynamique au travers d’actions à plus long terme pour la reconstruction et la réhabilitation des écoles. Planifié conjointement par le ministère de l’Éducation et les ONG partenaires – Save The Children, CARE, Unesco, PLAN… – ce programme national d’envergure sera initié dès 2010 grâce également au don de 320 000 euros de la Fondation Orange et des salariés du groupe. Le potentiel de ce pays est immense. Et nous voyons tous, dans cette tragédie humanitaire majeure, une opportunité inouïe de repenser de fond en comble le système scolaire en Haïti en éradiquant ses poches d’inégalités, sa dichotomie publique/privé et en posant la première pierre de l’école de demain. Une école gratuite, plus juste, plus harmonieuse, plus sûre, capable de donner à tous les enfants un cadre d’épanouissement et de construction personnelle indispensable à leur avenir et, par ricochet, à celui de leur pays.

*Données du service presse de l’ambassade d’Haïti en France, en date du 17 mars 2010.

 

Partager cet article

 

Laisser un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Recherche