Hanitra Raosahanitriniala, styliste à Tamatave et major de promotion de MadaCraft, nous invite à découvrir son activité. (Interview réalisé par l'équipe de Madacraft)

La Fondation Orange est partenaire de Planet finance depuis 2005. Le programme Madacraft à Madagascar allie Microfinance, Artisanat et commerce équitable pour améliorer la situation économique des femmes artisanes en leur permettant de développer leur activité et d’établir un réseau de commercialisation.

Hanitra, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 41 ans, et ai toujours aimé travailler le textile. Je crée aujourd’hui des vêtements et accessoires de mode, ainsi que de la décoration intérieure. J’aime faire varier les formes, les couleurs, et surtout, les matières premières. J’utilise tout ce que peut offrir la nature de Madagascar : les fibres végétales, le cuir, le bois, la corne de zébu, l’écorce de bananier, le coton, les graines, etc. Je possède un atelier près de mon domicile à Tamatave, et une boutique à Antsirabe. Lakana Création, mon entreprise, emploie deux couturières à temps plein et peut faire appel jusqu’à cinq ouvriers saisonniers de plus.
J’essaye d’ailleurs de faire travailler des artisans formés dans le cadre de MadaCraft.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Comment vous différenciez-vous des autres artisans ?

Comment intégrez-vous les références culturelles malgaches dans vos produits ? Je crée à partir de matières et de coutumes malgaches. J’ai envie de parler de l’histoire de mon pays, de ses sites touristiques, bref, de mettre en valeur le patrimoine de Madagascar. C’est ce qui fait ma spécificité. J’essaie d’utiliser toutes les matières premières qu’il est possible de trouver ici. Je m’inspire de l’histoire, mais dans mon processus de création, je sors des manières classiques de travailler les matières. J’essaie d’aller plus loin, pour faire avancer la mode malagasy.

Quelle est votre politique en termes de marketing (gammes, prix, clientèle ciblée) ?

Je vise une clientèle de touristes, malgaches en priorité. Je cherche à redorer le blason de la création malagasy auprès des malgaches mêmes. J’adapte ensuite le prix en fonction de la saison. Mais je ne sors jamais du haut de gamme. Mes créations doivent être originales, et parfaitement finies. Sans ne viser que le luxe, je me positionne sur un segment à bon pouvoir d’achat.

Êtes-vous sensible aux démarches du Commerce Equitable, et plus largement au Développement Durable ?

J’ai une considération pour l’environnement à Madagascar. J’utilise parfois des matériaux recyclés ou les dessins des dernières créations sont affichés dans l’atelier. L’avis d’Isabelle Quehe, fondatrice de l’Ethical Fashion Show, Paris Durant son passage à Madagascar, Isabelle Quehe a visité des ateliers d’artisans pour apprécier leur travail. « Les artisans sont sur le bon chemin : les produits sont beaux, bien finis et utilisent des fibres naturelles, affirme-t-elle.

L’aspect social de leur activité me tient tout particulièrement à coeur. Bako, par exemple, fait travailler des femmes qu’elle forme et qui peuvent rentrer chez elle pour s’occuper de leurs enfants. Il s’agit pour moi du projet social parfait. » Selon Isabelle, les artisanes doivent faire confiance à leur culture et à leur savoir-faire et explorer le marché local avant d’avoir un regard sur l’export. La styliste Coco Masombika et l’artisane Bako ont associé leurs talents pour créer une collection extravagante, dont les chapeaux constituent le fil conducteur. Par rapport à l’aspect équitable de mon atelier, je n’ai pas de label. Mais je donne un appui financier particulier à mes employés lors de la rentrée scolaire.

Le contexte de crise à Madagascar ne m’a pas permis de recruter plus d’ouvriers. Je ne peux donc pas étendre la taille de mon atelier, et mon action reste à une échelle modeste. Mais je m’investis au lycée français de Tamatave où j’enseigne la création.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

Après mon lycée, j’ai suivi des études de haute couture. En parallèle, je faisais de la collecte de produits artisanaux pour les vendre. Originaire d’Ambositra, j’ai réhabilité un magasin là-bas, grâce à un emprunt. La crise est arrivée en 2002, et son impact politique et économique sur le tourisme et l’artisanat m’a fait fermer la boutique. Je n’ai rouvert qu’en 2004 une boutique à Antsirabe. J’y vends mes créations, ainsi que l’artisanat d’une quinzaine d’artisans de Tamatave et de Tana, qui ont suivi les formations MadaCraft. J’essaie aujourd’hui de me faire connaître grâce au bouche-à-oreilles, aux cartes de visite, en participant à des défilés de mode.

Pour vous, l’artisanat, c’est une passion, un héritage, une nécessité ?

Je suis tout simplement animée par la passion de la création. J’ai appris à coudre et à créer par moi-même. Mon père est couturier et ma mère brodeuse, je passais du temps à les regarder faire quand j’étais petite. Je me souviens ensuite que je modifiais mon uniforme scolaire à mon goût, et je n’ai jamais arrêté.

Et MadaCraft dans tout ça ?

MadaCraft m’a apporté une réelle amélioration technique. J’ai aussi formalisé mon processus de création et la gamme opératoire grâce aux formations. Enfin, j’ai appris à utiliser des outils pour la gestion de mon entreprise. MadaCraft m’a donc, dans l’ensemble, donné l’opportunité de créer plus et mieux, d’agrandir mon atelier et d’embaucher. MadaCraft Le programme MadaCraft, soutenu par la Fondation Orange vise à améliorer de façon durable les conditions de vie des femmes et des hommes qui exercent dans l’artisanat à Madagascar et aux Comores, en renforçant les secteurs de l’artisanat malgache et comorien, et en appuyant leur accès auxréseaux de commerce équitable.

 

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1 commentaire

jeudi 6 août 2015 08:32 par Rarison Haja

félicitation à Hanitra il faut développer son savoir faire dans le domaine du tourisme courage

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