Interview de Pierre Thirion Vallet, Directeur du Centre Lyrique Clermont-Auvergne


Comment est né le partenariat du Centre Lyrique Clermont-Auvergne avec la Fondation Orange ?

Le partenariat avec la Fondation est très ancien. Un partenariat dont j’ai moi même bénéficié, puisque j’ai été lauréat, il y a une vingtaine d’année du premier concours Voix Nouvelles, organisé à l’époque par France Télécom avec le Centre de formation lyrique. J’avais reçu une aide me permettant de donner mes premiers récitals de chant avec Dalton Baldwin, d’enregistrer également un disque, ainsi que de faire des concerts avec l’orchestre d’Auvergne. Ainsi, lorsqu’on m’a demandé, il y a dix ans, de m’occuper du Centre Lyrique, je me suis évidement tourné vers la Fondation, qui poursuivait son action de mécénat. Depuis deux ans à peu près, le partenariat avec la Fondation est plus ciblé sur la diffusion lyrique originale, avec également l’ouverture aux jeunes chanteurs par le biais de concours de chant.

Aujourd’hui, votre actualité est constituée par la tournée de l’opéra "Le Voyage à Reims"...

Il y a deux ans, le Centre Français de Promotion Lyrique, que dirige Raymond Duffaut et dont je fais partie, nous a exposé son projet de co-production autour de l’oeuvre "Le Voyage à Reims" de Rossini. L’idée était d’organiser un concours ouvert aux jeunes talents au niveau international, à la fois pour les chanteurs, mais aussi pour l’équipe scénographique - décors, mise en scène, costumes. Ce qui nous a sensibilisé et nous a vraiment fait adhérer au projet était la possibilité d’ouvrir l’opéra à un public qui n’a habituellement pas accès aux spectacles vivants. On n’avait jamais pensé développer l’accès aux déficients visuels. La Fondation nous a parlé de l’association Accès Culture qui nous a fourni les casques pour l’audiodescription.
Je ne savais pas que ce système-là existait, et on l’a donc découvert avec "Le voyage à Reims". La production est venue à Clermont le 10 janvier 2009, avec un plateau international de belle qualité. Ce fut un très beau succès ! Au total, 26 déficients visuels ont pu bénéficier de cette évolution. Il s’agissait essentiellement d’un public adulte, avec à la fois des personnes d’un certain âge, mais aussi quelques jeunes. Tous les casques étaient occupés, si bien qu’on a même été contraints de refuser quelques personnes, faute de casques disponibles.

Pourquoi avoir fait le choix de l’opéra "Le Voyage à Reims" ? S’agit-il d’un opéra plus facile pour mettre en place le système de l’audiodescription ?

L’histoire racontée dans l’opéra de Rossini est assez simple à comprendre, ce qui facilitait l’écriture des commentaires. Tout comme la simplicité de la mise en scène. Et puis c’est une très belle musique, mais une musique bel canto, relativement facile d’accès. Ainsi, ce n’est pas un opéra très compliqué et très difficile à faire découvrir pour des gens qui sont pas forcément des grands mélomanes. Pour certains, c’était, selon moi, l’œuvre qu’il fallait choisir.

Qu’avez-vous mis spécifiquement en place pour ce public déficient visuel ?

Nous avons accueilli tous les spectateurs déficients visuels avec un accueil spécialisé. Deux ou trois personnes les accueillaient, avec une personne leur donnant les casques, une autre les accompagnant en salle. Cela s’est parfaitement bien déroulé. Il y a eu également un programme spécial, un double programme d’ailleurs : un premier programme écrit en très grosses lettres, pour les personnes déficientes qui arrivent quand même à lire malgré une mauvaise vision lointaine ; et puis un second programme en braille. Ils ont donc pu lire le synopsis, ainsi que la totalité du programme.Par ailleurs, nous leur avions réservé de très bonne places dans la salle, ils étaient vraiment à l’orchestre, mélangés au reste du public. Il faut dire aussi qu’on avait une politique tarifaire très attractive, puisqu’on était à 8 euros pour le déficient visuel et son accompagnant, ce qui constitue un geste fort. On sait que l’accès à la culture, au lyrique en tout casn doit également passer par l’économie.

Une petite anecdote ?

A l’entracte, le directeur de la Culture à Clermont est venu me voir pour me dire qu’il se passait quelque chose d’étrange. Il avait l’impression qu’un micro avait été laissé branché. J’étais un peu étonné, car il n’y a pas du tout de sonorisation, les chanteurs ont une voix suffisamment puissante. En réalité, il ne s’apercevait pas qu’il était entouré de déficients visuels, et que le son qu’il entendait provenait de leurs casques. Normalement, ça ne gêne pas du tout, le casque laisse passer le son très naturellement, ça n’assourdit ni n’amplifie, pour bénéficier complètement du son naturel de l’orchestre et des chanteurs. Lorsque le chant se calme, qu’il y a une partie plus symphonique, les commentaires interviennent pour décrire ce qui se passe sur scène, quel est le personnage et sa fonction, la manière dont les chanteurs sont habillés, de quel côté ils entrent ou sortent de la scène, etc... Mais certains avaient dû régler leur casque un peu trop fort. Ça m’a fait rire !

Donc un bilan positif de cette aventure...

Oui, plus que positif. Nous sommes très contents d’avoir pu, avec cette première aventure, mobiliser ce public-là, qui est maintenant en demande. Ça les a beaucoup intéressés, ils ont finalement "vu" un opéra. Ils ont vraiment eu accès à cet opéra, et c’est tout ce qu’on voulait faire. Maintenant, cela nous donne aussi des obligations, et c’est très bien ! On se demande déjà quelle production proposer l’année prochaine avec l’audiodescription. Je pense à une représentation de "Cosi fan tutte" qu’on va monter ici. Ou encore à "La Flûte enchantée" qui va beaucoup tourner en France. On va essayer de mobiliser d’autres structures, et si d’autres villes sont intéressées, on pourra mutualiser notre action. Et toujours continuer le partenariat avec la Fondation, peut-être au travers d’un achat de casques, pour pérenniser notre action. On essaie de rendre accessible la culture, il faut penser à la culture, il faut penser à tous les handicaps, et le handcap visuel en est parmi d’autres. En tous cas, il y a une demande, donc on va tout faire pour l’inclure dans une démarche d’ouverture. Il est évident qu’on va continuer, c’est important. On doit tous être conscients de la nécessité de cette ouverture.

 

Après une carrière de vingt ans de chanteur lyrique, Pierre Thirion Vallet mène aujourd’hui de front la direction artistique du Centre Lyrique Clermont-Auvergne et sa carrière de metteur en scène.

 

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