L'art moderne à portée de main

Depuis qu’elle a été nommée "capitale européenne de la culture" en 2004, Lille fait figure de modèle sur le plan de l’innovation artistique et culturelle. Son musée d’art moderne (LaM), basé à Villeneuve d’Ascq, ne déroge pas à la règle et abrite parmi les plus grandes œuvres contemporaines, modernes et d’art brut du 20ème siècle. Mais sa grande originalité réside aussi dans une politique active en faveur de l’accessibilité des collections aux publics spécifiques, tels que les non-voyants. Exemple avec le projet "Voir avec ses mains…"

Claudine Tomczak se rappelle que, quand elle a commencé à travailler au Musée d’art moderne de Lille Métropole, il y a plus de 13 ans, aucune personne handicapée ou presque n’y venait. Travailleur social de formation, spécialiste de l’insertion des personnes en difficulté, elle décide alors de se tourner vers l’inclusion des publics éloignés des lieux culturels tels que les déficients visuels mais aussi auditifs et mentaux. Son but : faire en sorte qu’ils puissent découvrir sur place les merveilles du LaM à l’aide d’outils et de méthodes adaptés. Épaulée par la direction du musée, elle devient chargée des publics spécifiques et des projets culturels. L’une de ses premières initiatives est de commander une copie d’œuvre, celle de la sculpture Bouteille et verre d’Henri Laurens. "Réalisée en pierre, pratiquement à l’identique de l’œuvre originale, la reconstitution est faite à petite échelle pour que les personnes aveugles ou malvoyantes puissent se saisir de l’objet, le palper et en appréhender toute la globalité" explique Claudine Tomczak. "Mais comme nous n’avions qu’une seule copie, nous avons ensuite décidé de permettre à des petits groupes de toucher de vraies œuvres avec des gants, sous la surveillance d’un guide et avec les explications d’un maître conférencier…"
Un projet basé sur la coopération et le partenariat…
Le projet "Voir avec ses mains" s’est progressivement étoffé grâce aux partenaires sollicités par Claudine Tomczak. Elle évoque ainsi le professeur d’arts plastiques de l’École régionale des déficients visuels de Loos, Patrick Genty, qui "grâce à son expérience du toucher et sa connaissance du handicap, a permis de déterminer le niveau de réduction des œuvres pour procéder à la réalisation des maquettes tactiles". Toujours dans le cadre d’un partenariat mené entre le musée et cette école, une dizaine d’adolescents est invitée, depuis janvier 2010, à participer deux fois par mois à des conférences d’histoire de l’art et à des ateliers pratiques le mercredi après-midi. Stéphanie Wlasniak, l’éducatrice qui les accompagne, insiste sur l’importance de la démarche : "Ces séances permettent de donner des références culturelles et artistiques à des jeunes pour qui la construction d’images mentales est parfois complexe. Surtout s’ils ont toujours été privés de la vue". Ainsi, le dernier cours a été consacré au peintre Modigliani et à sa toile Nu assis à la chemise. Durant l’atelier, les enfants ont pu toucher une reproduction du tableau réalisée par thermogravure, un système qui permet de reproduire des caractéristiques simples en volume. "Tous ont ensuite essayé de dessiner ce qu’ils avaient perçu. Ils étaient enchantés " poursuit l’éducatrice.

Création de nouvelles maquettes tactiles…
Claudine Tomzcak annonce aujourd’hui que le musée a choisi de reproduire six maquettes tactiles emblématiques de son parc de sculptures dédié aux artistes du 20ème siècle. Au programme : deux œuvres de Calder, une de Dodeigne, de Deacon, de Lipchitz et de Picasso. La réalisation de ces maquettes sera confiée tantôt à des élèves d’écoles et lycées professionnels, "dans le but de sensibiliser les jeunes à la question du handicap", tantôt à des artistes. L’initiative est rendue possible grâce au soutien financier de la Fondation Orange et devrait voir le jour dans le courant de l’année 2010… Le début, sans doute, d’un nouveau type de collection qui permettra aux malvoyants, mais aussi à toutes les personnes que l’approche tactile séduit, de s’ouvrir au monde de l’art.

Contact : Claudine Tomczak, chargée des publics spécifiques et des projets culturels. Musée d’art moderne Lille Métropole. www.mamlm.fr 
Légende photo : Visite tactile, devant une œuvre des Barbus Müller, lors de l’exposition Dubuffet et l’art brut en janvier 2006.

Article rédigé par Magdeleine Walger
Agence d’informations Reporters d’Espoirs

La Fondation Orange confie à l’Agence d’informations Reporters d’Espoirs la rédaction d’articles sur des initiatives qu’elle soutient. Ces initiatives ont été validées selon les critères de la charte éditoriale Reporters d’Espoirs. Les articles ont pour mission de rendre compte de leur développement et de leurs résultats.

 

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