Latifa Ibn Ziaten : "Nous devons tendre la main aux jeunes"

Lauréate du Prix de la Fondation Chirac remis ce jeudi, Latifa Ibn Ziaten lutte au quotidien contre la radicalisation des jeunes. Nous revenons avec elle sur les actions de son association.
 
Latifa Ibn Ziaten
Latifa Ibn Ziaten
 
Parce que les femmes et les jeunes sont souvent les premières victimes des situations de crise, nous portons une attention particulière à travers ses actions de mécénat dans la santé et l’éducation.
A ce titre, nous sommes fiers de soutenir le Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits depuis trois ans.

 
Latifa Ibn Ziaten, pouvez-vous nous parler de votre association ?
 
"L’association Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et la paix est née suite à la disparition de mon fils, assassiné par Mohamed Merah. A la suite de ce drame, certains jeunes en parlaient comme un héros, comme un martyr de l’Islam. Le travail de mon association est de tendre la main à ces jeunes. Ils sont la cause de ma souffrance, mais je dois les aider. Depuis ce jour-là, je vais dans les écoles, je témoigne, je parle d’éducation, d’amour, des valeurs républicaines. C’est très important car aujourd’hui certains jeunes n’ont pas ces notions, les parents malheureusement baissent les bras et l’enfant est livré à lui-même."
 
Quelles sont vos actions au quotidien ?

"Je fais beaucoup de séminaires, de conférences avec les professeurs et je me rends dans de nombreuses écoles. Je parle aussi avec les parents. Ils doivent suivre les enfants, à l’école, dans leurs activités quotidiennes. Malheureusement, certains parents ne sont aujourd’hui pas à la hauteur, ils n’ont pas forcément les moyens et peuvent être dépassés. Aujourd’hui, le but de l’association, c’est de tendre la main aux jeunes mais aussi au moins jeunes. C’est très important."


"Tendre la main aux jeunes et aux moins jeunes"


 
 
"Je témoigne également dans les prisons. Le travail y est énorme. Ce qu’il se passe en prison, c’est très grave. Les détenus sortent pires qu’ils ne sont rentrés. Un prisonnier est en prison pour payer ses dettes. Il doit sortir en étant un homme droit. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Je suis sur le terrain tous les jours, du lundi au vendredi. Je vais dans les écoles, les maisons d’arrêt, les associations. Je me déplace également en Europe, au Maghreb, au Moyen-Orient. Je ne refuse aucune demande, je suis prête à aider n’importe qui, car je ne veux pas un autre Merah. Cette souffrance, je vis avec aujourd’hui et je ne la souhaite à personne. Quand vous perdez un fils, il y a quelque chose en vous qui part."

>>>A l’issue de son discours, Christine Albanel, Présidente déléguée de la Fondation Orange, a remis le Prix de la Fondation Chirac à Latifa Ibn Ziaten.

Prix Fondation chirac Christine Albanel
Prix Fondation Chirac remise Latifa Ibn Ziaten
Remise Prix Fondation Chirac Latifa Ibn Ziaten

 
Comment souhaitez-vous utiliser la dotation du prix de la Fondation Chirac pour améliorer la situation ?
 
"Je voudrais d’abord remercier la Fondation Chirac, c’est un prix qui me donne encore plus de courage. Le premier problème sont les prisons. Ce que souhaite, c’est améliorer les conditions de vie des prisonniers. L’un deux m’a dit un jour : "Madame, il y a des rats et des cafards dans ma cellule." J’ai visité les cellules, j’ai pris des photos. C’était très dur. On est obligés de leur tendre la main, c’est un devoir qui incombe à chacun d’entre nous. On fait tous des erreurs dans la vie, personne n’est parfait.

Il faut mettre en place des formations obligatoires pour les détenus, que ce soit de la mise à niveau ou un véritable apprentissage : plombier, menuisier, électricien, etc. C’est sûr, on ne peut pas demander pour les prisonniers un confort luxueux, mais il faut leur assurer le minimum, car ce sont des humains. Sans ça, les prisonniers plongent dans le noir et le risque de radicalisation est accru."

"Aller vers l’autre et le respecter, c’est très important, c’est ça le vivre ensemble"


"Le deuxième problème, ce sont les quartiers. Certaines personnes y vivent à l’écart de la population française. Comment certains ghettos peuvent se former sur le territoire français ? On ne peut pas séparer le peuple. Dans toutes les villes que j’ai fréquentées, il y a toujours une séparation dans les quartiers. Tout y est regroupé pour que les gens ne sortent pas du quartier. Aller vers l’autre et le respecter, c’est très important, c’est ça le vivre ensemble. La mixité est très importante."


"Moi, je me suis intégrée en France grâce à cette mixité. Elle doit être présente dans les quartiers et dans les écoles. Dans certaines écoles populaires, les classes sont composées à 95% d’élèves d’origine maghrébine. Comment voulez-vous que ces jeunes avancent ? Certains ont beaucoup de qualités, ils font partie de l’avenir, des lumières de demain. Nous devons leur tendre la main."
 

Retrouvez les deux derniers lauréats

>>Amira Yahyaoui
>>Denis Mukegwe

 

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1 commentaire

mardi 1er décembre 2015 07:37 par ania

Bonjour je vis pas cette situation mais je me met a la place de ces gens là oui madame c est vrai ce que vous dites et surtout pour la prison il y a beaucoup de gens qui sort pas comme il rentre et ça c une erreur du gouvernement et manque de justice en tout cas vous êtes une brave femme formidable merci merci

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