Ma rencontre avec Jérôme Correas, directeur artistique des Paladins

Ma rencontre avec Jérôme Correas a été l’occasion de découvrir les projets musicaux de l’ensemble qu’il dirige, les Paladins, et dont la saison 2009 / 2010 s’annonce déjà bien remplie.

Comment pourriez-vous qualifier l’identité musicale des Paladins ?
 
Jérôme Correas : Notre ensemble s’attache surtout à travailler sur des projets musicaux dont la vocation première est le retour à un rapport plus étroit entre la musique et le texte. A titre d’exemple, cela fait plus de quatre ans que nous nous investissons fortement sur le projet de faire redécouvrir le répertoire de l’opéra comique, particulièrement approprié pour remettre en valeur la musicalité propre au texte, avec la représentation de la Fausse Magie d’André-Ernest-Modeste Gretry qui a pu être faite intégralement en Résidence à Royaumont en version concert le 20 septembre dernier.

Mon objectif est de tenter de mettre fin notamment aux préjugés sur l’opéra comique. Contrairement aux idées reçues, ce genre comprend de très belles compositions qui permettent notamment de disposer d’un matériau formidable pour travailler sur l’articulation du "parler / chanter" et exploiter tous les registres expressifs de la voix.

Il faut se rappeler que jusqu’à la fin du XIXème siècle, la frontière entre le jeu d’acteur et celui de chanteur était bien plus floue qu’à notre époque. Les acteurs déclamaient et avaient appris à intégrer des intonations, une musicalité dans leur jeu.

Il devient alors passionnant d’exploiter les richesses de la ligne vocale, de travailler sur les rapports texte / musique et de revenir en quelque sorte à une plus grande expressivité dans le phrasé des chanteurs.

Quelles sont, selon vous, les clés de ce retour à un plus grand équilibre du texte par rapport à la ligne mélodique ?

J.C. : Un point essentiel consiste à déjà établir une armature solide avec un orchestre très stable et régulier rythmiquement. Cette solidité du continuo est indispensable car elle constitue la fondation de l’édifice. A partir de cela, les voix viennent apporter, comme en architecture, les ornementations et les couleurs qui donnent de la chair à la musique. Le travail consiste alors à typer les caractères en accentuant certaines intonations, en en marquant de façon spécifique le phrasé. Les personnalités des différents protagonistes d’un opéra se révèlent non seulement par le texte qu’ils servent mais également par la façon dont ils le déclament, la couleur de leur voix, les « travers » de leur phrasé et que l’on aura modelés. Notre objectif est de libérer les chanteurs d’un mélodisme trop systématique et de prendre notre liberté, y compris rythmique, afin d’exploiter au mieux la musicalité des mots. Le fait d’avoir été moi-même chanteur me permet en outre de mesurer les limites de cet exercice qui doit également respecter les contraintes d’articulation et de respiration des chanteurs afin de conserver le plus de naturel possible dans l’interprétation.

Vous développez plus particulièrement ce travail sur le répertoire de l’opéra comique français alors qu’il a également toute sa portée sur les toutes premières formes du répertoire lyrique italien, en commençant par les madrigaux tardifs de Monteverdi par exemple

J.C. : En effet, nous avons interprété les derniers madrigaux de Monteverdi, ceux qui comprennent un accompagnement musical et incarnent l’aboutissement de la seconde pratique en annonçant les grandes œuvres lyriques. Nous nous attachons également au répertoire des premiers opéras baroques italiens avec un compositeur comme Francesco Cavalli, dont nous avons interprété l’opéra Xerse au Théâtre des Champs-Elysées le 29 septembre dernier. L’écriture de Cavalli représente une alchimie extraordinaire entre un lyrisme indéniable et une poésie, une finesse incroyable. On ressent un compositeur d’une grande sensibilité, restituant avec un sens du détail très spécifique les différents tourments de l’âme humaine.
 
Quels sont vos autres projets à venir ?

J.C. : Dans les toutes prochaines semaines, nous avons un beau projet consistant à interpréter la Servante Maîtresse de Giovanni Baptista Pergolese, petit joyaux, que nous interpréterons dans sa version française, en octobre, dans la Région Nord Picardie (le 4 octobre au Théâtre d’Arras et le 7 octobre au Phénix, Scène nationale de Valenciennes). L’adaptation française de cette œuvre typiquement napolitaine date de 1754. Elle nous permet d’explorer de façon idéale ce parler / chanter que j’évoquais justement. Il s’agit de la première synthèse de ce type réalisée en France au XVIIIème siècle, de tradition italienne, mais transposée dans l’esprit français. Il s’agit d’une version jouée, mise en scène par Vincent Vittoz. Nous prévoyons également des représentations de cet opéra comique en région parisienne début 2010.

Notre saison 2009 se ponctuera également par un concert dédié à des madrigaux de Claudio Monteverdi le 5 novembre au Petit Palais à Paris.

2010 sera quant à elle initiée par un projet qui me tient particulièrement à cœur, à savoir la représentation le 8 janvier au TGP de Saint-Denis, du Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi, avec une mise en scène de Christophe Rauck, qui est aussi le Directeur du TGP. Nous prévoyons ensuite 29 représentations dans l’année.

Pour plus de précisions, il est possible de se connecter au site Internet des Paladins.

Cet ensemble bénéficie du soutien de la Fondation Orange.

 

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