Marie Crescence Ngobo : "des solutions concrètes à la situation économique de la femme au Cameroun"

Au Cameroun, Marie Crescence Ngobo, aide et forme les femmes dans leurs démarches d’entrepreneuriat. Elle les accompagne notamment dans la gestion et la comptabilité de leur entreprise. Un travail mené depuis plusieurs années que nous récompensons aujourd’hui, en partenariat avec Positive Planet.
 

Marie Crescence Ngobo Fondation Orange positive planet
Marie Crescence Ngobo, durant son discours lors des Positive Planet Awards 2015, le 7 décembre 2015.

 

En tant que partenaire de longue date de Positive Planet, nous récompensons aujourd’hui les actions de Marie, qui favorise l’inclusion des femmes au Cameroun. Lauréate du prix "Accès à l’éducation financière" lors des Positive Planet Awards, elle revient avec nous sur ses actions et son engagement.

 
Vous êtes lauréate du prix "Accès à l’éducation financière". Que vous apporte-t-il en tant qu’entrepreneuse ?

Ce prix m’apporte la persévérance, il vient récompenser la croyance en ce que nous faisons et l’amour de ce que nous faisons. Depuis plus de 20 ans, nous nous investissons pour défendre la place de la femme au sein de la société camerounaise. Aujourd’hui, elles n’ont pas la place qu’elles méritent. Elles travaillent dur mais pourtant, elles ne peuvent pas vendre leur production alors que c’est leur seul bien. Nous travaillons pour leur donner accès aux marchés locaux. Par exemple, nous mettons en place des unités de transformation et nous pouvons acheter leur production. Grâce à ces actions, elles peuvent générer des revenus pour améliorer leur quotidien et assurer l’éducation de leurs enfants.

En parallèle, nous multiplions les formations pour les femmes, former des dizaines de femmes de manière à ce qu’elles soient capables de gérer la production de leurs champs et d’en tirer un revenu. Nous leur apprenons à budgétiser leurs activités, à les planifier, à gérer rationnellement leurs revenus. Au fil de ces actions, nous parvenons à créer un marché, celui des produits transformés et conditionnés sur place. Pour les femmes, cela se concrétise par des revenus. Aujourd’hui, elles sont à l’abri de beaucoup de choses : à l’abri des violences conjugales, à l’abri de la dépendance. Elles sont épanouies.


"Les femmes sont à l’abri des violences conjugales, de la dépendance. Elles sont épanouies."


 
 
 
Quelles sont les difficultés aujourd’hui pour les entrepreneuses au Cameroun ?

La difficulté principale, ça reste le financement. Actuellement, nous avons des marchés qui s’ouvrent grâce à nos activités. Mais nos fonds de roulement sont très limités. Nous ne sommes pas capables de provisionner ces marchés. Par exemple, j’ai un vaste marché de bananes séchées dans le cadre de mon entreprise. J’ai du matériel et des employés mais malheureusement, les bananes pourrissent dans les champs. Je manque de fonds pour acheter ces bananes et je ne peux pas les vendre, alors qu’il existe une réelle demande. C’est un premier niveau de difficulté, qui correspond à mon activité.

Le manque d’infrastructures est aussi un frein. Au Cameroun, il n’existe pas de routes. Ce ne sont pas les villageois ni les producteurs qui peuvent construire les routes. Cela relève de l’Etat. Les producteurs en ont besoin. Ils ont besoin de vivre, d’envoyer leurs enfants à l’école. En attendant que l’Etat construisent des routes, nous leurs installons une petite unité de transformation, qui peut faire en sorte de valoriser leur production pour en vivre dignement.
 
Au quotidien, comment faites-vous pour les aider et les conseiller ?

Nous allons régulièrement à des foires. A chaque évènement de ce type, nous nous réunissons avec un objectif. Chacune des femmes se fixe donc un objectif et tout au long de la foire, nous observons pour comprendre quelles sont leurs difficultés. Ensemble, nous arrivons ensuite à les résoudre. Nous faisons également preuve de solidarité. Quand il manque des fonds pour l’une, chacune cotise pour l’aider.


"Dès qu’elles émettent la volonté d’être formées, je fais au maximum."

Dès qu’elles émettent la volonté d’être formées, je fais au maximum pour pouvoir répondre à leurs attentes : je me déplace, on travaille ensemble. Et je suis toujours fière de voir qu’après la formation, elles se mettent à danser, elles me remercient. De savoir que j’ai pu contribué à l’amélioration du quotidien de ces femmes et de leur village, ça me rend très fière. Cela a un impact positif également sur l’éducation des plus jeunes et sur leur santé alimentaire.

 
Quels sont les retours des femmes avec lesquelles vous travaillez ?

Elles sont souvent très heureuses. Je vais prendre un exemple, celui des dames qui cultivent les feuilles de manioc. Elles sont beaucoup consommées dans certaines zones du Cameroun. Nous leur avons appris à cultiver et à exploiter les feuilles de manioc d’une nouvelle manière lors de la saison sèche. Avant, les femmes, quel que soit leur âge, passaient beaucoup de temps à piler et à préparer les feuilles de manioc fraîches avant de les consommer. Maintenant, elles peuvent le faire à la main car elles laissent les feuilles de manioc sécher au soleil et le temps de préparation est divisé par deux ou trois. C’est une véritable innovation pour ces femmes, c’est très pratique. Cela évite aux jeunes filles de devoir piler en rentrant de l’école et permet aux grand-mères de se consacrer uniquement à la préparation et la cuisine.

 
Quelles sont les prochaines étapes ?

Aujourd’hui, le but est d’améliorer la qualité de nos différents produits, de les standardiser, que chaque petite unité de transformation sorte le même produit. Nous voulons améliorer à la fois la qualité et la quantité de nos produits. Pour réussir, nous travaillons avec différents partenaires. Le but est de pouvoir apporter des solutions concrètes à la situation économique de la femme au Cameroun.
Nous sommes déjà rassemblées en coopérative, qui compte 18 entreprises de femmes. Dans le cadre de mon activité, je gère 4 employés et un réseau de plus de 30 fournisseurs de matières premières. Chaque entreprise à l’intérieur de la coopérative est basée sur ce modèle. Nous nous réunissons régulièrement, le but est de s’organiser en filières : manioc, bananes, etc... Nous réfléchissons également à des plans de développement annuels. Le défi, c’est d’améliorer chaque activité et chaque filière et d’entrer sur des marchés plus importants.

>>> Lors de la remise du prix, en compagnie de Brigitte Audy, Secrétaire Générale de la Fondation Orange et Liza Azuelos, réalisatrice française.

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En savoir plus

Pour contacter l’association : radd2009@yahoo.fr

 

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3 commentaires

lundi 14 décembre 2015 08:46 par Evina Cyriaque

Je suis temoin de cette belle entreprise qui se realise dans des conditions tres difficiles. Bravo Mare Crescence et merci a la PLANET+ et a la Fondation Orange pour cette marque de reconnaissance

mardi 15 décembre 2015 07:39 par OSSOA Wofgang

Félicitations et encouragements. Le meilleur est à venir, et je le sens.

jeudi 17 décembre 2015 17:35 par Achille Nyimi

C'est la récompense de l'endurance, de la patience et surtout de l'audace face à un contexte géographique et une cible naturellement difficiles. Pour avoir braver patiemment ces obstacles c'est une invite à aller de l'avant. Tous mes encouragements Marie Créscence.

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