Noushka Teixeira, former les citoyennes de demain

Lauréate du prix Women for Change en octobre 2014, Noushka Teixeira a reçu une aide de 25000 Euros. Cette somme lui permet de développer le projet de son association Matumaini : recueillir et donner une éducation aux jeunes filles des rues de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. De passage à Paris, nous avons échangé avec elle sur son projet et ses ambitions.

Nouska Texeira Women For Change

 
Pouvez-vous nous parler de votre association Matumaini
« Matumaini est une association qui existe depuis 5 ans maintenant. Notre mission est l’éducation des jeunes filles mineures, orphelines et victimes des violences sexuelles des rues de Kinshasa. Nous les scolarisons, elles sont toutes inscrites dans une école.

Notre volonté est de les accompagner le plus loin possible dans leur scolarité et ne pas juste s’arrêter à des formations basées sur la coupe et la couture. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas parce qu’elles viennent de la rue qu’elles n’ont pas la capacité de faire des études et d’aller à l’université. Elles ont les capacités et notre objectif est de faire vraiment d’elles des femmes instruites. »

"Notre volonté est de les accompagner le plus loin possible dans leur scolarité."


 
 
Comment se concrétise votre engagement ?
« Nous avons ouvert les portes d’un centre d’hébergement en octobre 2011, à Kinshasa. Une trentaine de jeunes filles y est hébergée à temps plein. Ce sont des filles qui n’ont absolument plus de famille ou qui n’ont absolument aucun moyen. Des travaux ont été effectués, avec le concours de la Fondation Orange, pour développer un espace de formation et d’alphabétisation.
Aujourd’hui, le but est de développer ce projet d’accueil. L’objectif ultime de Matumaini est d’avoir sa propre école avec un espace de formation mais aussi d’y inclure un accès aux soins. Avec les victimes de violence que nous accueillons, nous avons dû faire face à énormément de problèmes au départ. Nous avons constaté que les centres hospitaliers de certaines zones de Kinshasa ne sont pas forcément adaptés et que le personnel n’était pas suffisamment formé pour ce genre de cas.

Noushka Matumaini Women for Change

>>> "Mon but est de créer un village Matumaini."

Nous avons besoin de beaucoup de psychologues, qui n’est pas un métier considéré à Kinshasa, et certainement pas dans le cas des enfants et encore moins des filles de rues. Donc mon but est aujourd’hui de créer ce que j’appelle le village Matumaini, incluant le centre d’hébergement agrandi, pour pouvoir accueillir plus de jeunes filles, et un centre de formation et d’alphabétisation. Cet espace dédié à la formation doit pouvoir accueillir 50 jeunes filles. »

 
Quel est le parcours des jeunes filles depuis que vous les avez accueillies ?
« Six d’entre elles sont passées en secondaire. Elles sont très intelligentes et je suis très contente pour elles. Elles évoluent très bien. Quand elles sont arrivées, elles étaient très renfermées sur elle-même. Aujourd’hui, ce sont des jeunes filles extraordinaires et psychologiquement, ce sont des personnes tout à fait différentes, vraiment. »
 
Comment faire pour soutenir Matuimani ?
« Pour nous, les soutiens sont vraiment très importants pour faire évoluer notre projet. Les jeunes filles grandissent et forcément, elles ont de plus en plus de besoins. Nous disposons d’un site web sur lequel toutes les informations sont disponibles pour nous aider.

"Les soutiens sont importants. Les jeunes filles grandissent, elles ont de plus en plus de besoins."

Nous ne sommes pas propriétaires du centre donc nous avons également des charges de location. L’école est prise en charge par l’Union des Français de l’Etranger, qui nous aide depuis deux ans et nous recevons généreusement des vêtements pour nos filles. Les dons en nature sont aussi très importants. Nous avons besoin de beaucoup de nourriture. Nourrir trente enfants tous les jours, c’est un énorme budget. »

 
Qu’est-ce qu’a changé le prix Women for Change pour vous et Matumaini ?
« Cela a donné beaucoup plus de crédibilité à mon action. A Kinshasa, nous étions malheureusement mal vus. Nous étions accusés de vouloir faire de l’argent sur le dos de la misère de Kinshasa et les gens ne prêtaient pas attention à nos actions. Avec la médiatisation et la notoriété de la Fondation Orange, les gens ont pris la peine de regarder nos actions et grâce à notre communication sur le web, ils ont pu voir où j’ai commencé et l’évolution du projet jusqu’à la nomination au prix Women for Change. Du coup, l’attention a évolué, et ça m’a ouvert certaines portes. Les aides n’ont pas augmenté mais les gens considèrent Matumaini comme une association sérieuse qui œuvre pour l’éducation des jeunes filles à Kinshasa. »

En savoir plus
Retrouvez l’interview de Anta Mbow, lauréate du prix Women for Change en 2013.

 

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