Portraits de femmes d’exception - Gisèle Magnan

Suite et fin de notre série de portraits de femmes d’exception.

Gisèle Magnan est pianiste et directrice générale et artistique des Concerts de Poche. L’association a pour vocation d’emmener les plus grands artistes de la musique classique là où ils ne vont jamais : les campagnes ou les quartiers des grands agglomérations.

Après vingt-cinq ans de carrière de concertiste soliste et chambriste, Gisèle Magnan se consacre maintenant entièrement aux Concerts de poche.

« Tout au long de ma vie de pianiste, j’ai toujours eu une petite réticence, réticence au fait de monter sur la scène. Se trouver sur scène face à un public, qui est toujours un public d’initiés, un public mélomane, un public qui a les moyens et l’éducation. »

« Le monde du concert de musique classique tel qu’il est actuellement est parfois en décalage avec le monde dans lequel on vit aujourd’hui. Tout au long des concerts que je donnais, j’avais toujours l’impression que cette musique ne s’adressait pas assez en profondeur à tous ceux qui pouvaient en avoir véritablement envie, soif et besoin. »

Il y a cinq ans, elle a ainsi eu l’idée des concerts de poche : « un système de concerts complémentaires à ceux qui existent déjà et qui soient particulièrement dans la vie d’aujourd’hui et qui puisse s’adresser à tous les habitants, quelque soit leur connaissance de la musique, quelque soit leur faculté à percevoir toutes ces choses là. »

« Cette musique est souvent perçue comme élitiste, comme savante, comme compliquée, comme nécessitant une initiation. C’est complètement faux, c’est une musique au contraire terriblement spontanée, généreuse. »

« Nous pouvons tout à fait transmettre des messages tout aussi spontanés, généreux, avec une musique qui en réalité raconte une histoire. Cette musique raconte toutes les histoires des femmes présentes aujourd’hui. »

Afin de mieux appréhender cette musique, « j’ai eu l’idée de proposer des ateliers dans des milieux scolaires, ou dans des centres sociaux. »

« Ca a eu beaucoup de succès parce qu’au premier concert il y avait des jeunes, des lycéens, des profs, des élèves des collèges, des femmes en voie d’alphabétisation auxquelles j’avais eu la chance de m’adresser dans ces ateliers préalables. Un public incroyablement non initié, mais très rassemblé et très divers. »

Depuis cinq ans, les Concerts de Poche se sont développés et connaissent un grand succès. Gisèle Magnan recherche toujours des publics non initiés, auxquels sont dispensés des centaines d’ateliers musicaux, fondés sur la découverte de l’émotion profondèment humaine que suscite un répertoire qu’elle cherche toujours à replacer dans une esthétique fondamentalement vivante.

« Il y a 4 ans, on en organisait 7 ou 8, mais cette année on en organise à peu près 55, dans toutes sortes de régions de France. »

« Les Concerts de Poche se sont assis, on a une équipe de 7 personnes. Nous nous sommes lancés cette année dans la production de l’opéra Carmen, qui va être donné dans plusieurs régions de France, énormément en IDF. Cette production qui réunit de jeunes chanteurs, un chef d’orchestre, un metteur en scène, un scénographe. 4 mois en amont de chaque représentation, il y a un atelier de chant choral proposé aux personnes les plus démunies de chant et qui en ont le plus envie et besoin. Ces personnes, qui n’ont jamais chanté, interprèteront les chœurs de Carmen. »

« Petit à petit ce qui m’a passionnée c’était de rentrer dans une dimension sociale, que je pressentais, que je percevais mais je n’avais pas encore pratiqué. »

Gisèle Magnan a su réunir de nombreux artistes devant un public nouveau. « Il y a même eu des expériences incroyables où il y avait un vrai dialogue avec des personnes qui n’étaient pas faites pour rester calmes. Par exemple, Michel d’Alberto a réussi à nouer des dialogues, à répondre en chantant. »

« C’est là où on se rend compte que la musique est un véhicule, elle raconte une histoire, qui peut être mise en théâtre. »
Après la prise de contact avec une direction régionale de France Télécom – Orange et Marie-Sophie Calot de Lardemelle, responsable du mécénat culturel à la Fondation Orange, « il y a eu une espèce d’envie de faire "tous ensemble". La Fondation proposait des aides fondamentalement sociales et humaines qui étaient particulièrement attirées par ce que ce projet pouvait comporter de social et d’artistique en même temps. Mon idée, c’est que la musique donne envie de se lever le matin. A partir du moment où on la pratique, où on en fait tous ensemble et où on ressent cette émotion, la musique fait son travail. »

« C’est ce que j’ai ressenti à la Fondation Orange : une envie de soutenir la culture de l’émotion à travers le chant et à travers la façon dont on pouvait recevoir et transmettre tous les messages qui se sont dits ce matin. Très sincèrement, j’ai le sentiment qu’on pourrait toutes travailler ensemble. C’est d’ailleurs sûrement le message de cette journée des femmes : « Nous avons toutes en commun ce véhicule de l’émotion. Donnons-nous tous la main et nous devrions arriver à faire face à toutes les difficultés qu’on peut rencontrer. »

 

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