Situation en Haïti - Témoignage de Mireille Le Van, secrétaire générale de la Fondation Orange

Port-au-Prince, le 27 avril 2010.
Lors de mon voyage entre Haïti et la République Dominicaine, j’ai eu l’occasion de comprendre la situation et la culture des deux pays.
Ma visite d’une journée en Haïti a été longue, très riche en messages et rencontres.

Elle a été organisée par Aide & Action, association qui œuvre dans le domaine de l’éducation et avec qui nous avons plusieurs projets (Niger, République Dominicaine et Haïti). Tout au long de cette journée, j’ai été accompagnée par Nesmy Manigat, Directeur de la Zone Amérique Latine de Aide & Action, haïtien. Les rapports entre les deux pays aujourd’hui se sont aujourd’hui apaisés mais la solidarité n’est pas acquise. Le passage, long et difficile de la frontière entre les deux pays, en témoigne.

La route, relativement entretenue entre Saint Domingue et la frontière de la République Dominicaine, se dégrade vite côté haïtien. De façon surprenante, nous croisons de nombreux convois de camions transportant des tourets de câbles à béton, alors que rien ne parait en construction en Haïti.

Les paradoxes sont en effet nombreux. La pénurie d’essence en Haïti nous oblige à nous approvisionner avant la frontière. Pour autant, nous serons entièrement bloqués en terme de circulation dans un Port-au-Prince engorgés de véhicules de toutes sortes et de tous âges. Incompréhensible ! Cette pénurie se traduit aussi par des coupures de courant fréquentes et nombreuses que nous apprécierons dans le petit restaurant où, la clim arrêtée, la cuisine retardée, la chaleur étouffante associée à la fatigue du trajet, entrainera un grand moment de lassitude et presque de désarroi devant tant de ruines à déblayer, tant de choses à faire, dans un pays où rien ne semble prêt.

Beaucoup de choses surprennent. Tout d’abord, l’énormité des dégâts, des quartiers en ruines, des maisons démolies en nombre avec souvent, quelques habitations indemnes témoignant que l’importance de la qualité de la construction peut ainsi minimiser les conséquences d’un tel séisme. Les quelques efforts de reconstruction sont déjà alarmants : les parpaings mal alignés, les murs montés artisanalement. Cette situation confirme que, sans aller jusqu’à l’application extrême de norme anti sismique, la priorité doit être donnée aux programmes de formation dans le domaine du bâtiment, sujet longuement évoqué par Nesmy, est réellement justifiée.

Ensuite, les moyens de reconstruction font cruellement défaut. En effet, en terme de déblaiement, pas de pelles mécaniques, des camions déjà bien essoufflés, quelques pelles et brouettes. Point tout de même positif  : des jeunes au T-shirt jaune, couleur de la mairie, participent à l’ouvrage, sortant ainsi du désœuvrement et de l’assistanat.

Néanmoins, nous y trouvons de l’optimisme. La vie reprend ses droits partout, les marchés, les petites activités ont repris leur place, sur les trottoirs, arrivant ainsi à mettre de la distance avec cette tragédie. Mais aussi de l’inquiétude, car ces gravats, ces monticules de ruines, font déjà partie du paysage des habitants comme s’ils s’intégraient déjà à leur vie, ce qui n’est pas un facteur d’action pour la reconstruction.

Les camps et les tentes sont les seules actions visibles. Deux types de camps : ceux improvisés où chacun essaie de recréer un « chez soi », immense bidonvilles où l’ingéniosité et la récupération font la différence. A l’opposé, les camps des ONG et de leurs tentes alignées au cordeau, toutes beiges, toutes identiques et installées selon le même processus. C’est sans aucun doute utile avec la saison des pluies qui approche mais pourquoi, autant de méthodes d’implantation certes rationnelles mais oh combien, tristes et froides.

Nesmy me fera aussi remarquer l’inadaptation des lieux choisis : des lits de rivière prêts à déborder avec la saison des pluies proches, des cours d’école empêchant ainsi l’utilisation des lieux pour l’éducation, de collines en pente où les glissements de terrains sont probables.

En route, avant Port-au-Prince, des camps installés dans des villages peuvent apparaître hasardeux. La mise en place d’un camp signifie aide alimentaire. Or, cette situation peut créer une dépendance, dans le sens où la réponse nécessaire à l’urgence crée des habitudes et des recherches d’assistanat.

Nous avons eu le temps de faire 3 visites : le site d’Aide & Action sur le lieu de l’université, un camp dans les collines, et une rencontre avec l’UNICEF.

Découvrez la deuxième partie du témoignage de Mireille Le Van la semaine prochaine dans ce blog...

 

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