Témoignage d'un professionnel français sur la 1ère Conférence Internationale sur les nouvelles technologies appliquées à l'autisme

Antoine Tanet, Neuropsychologue en Institut Médico-Educatif (IME Expérimental MAIA, Paris 12ème) ainsi qu’à l’hôpital (Fondation Ophtalmologique Rothschild, Unité Vision et Cognition, Paris 19ème) :

"j’ai eu le plaisir d’assister à la première conférence internationale sur les nouvelles technologies pour l’autisme (ITASD), invité par la Fondation Orange Autisme."

"Cette conférence a permis de réunir des acteurs internationaux du développement de nouveaux outils informatisés(logiciel et innovation matérielle) ainsi que des chercheurs qui utilisent ces nouveaux outils dans de nouveaux protocoles expérimentaux dont l’objectif principal est de mettre en évidence l’efficacité.

J’ai beaucoup apprécié l’esprit rigoureux des organisateurs qui se sont interrogés, à l’ouverture comme à la fermeture de la conférence, sur l’utilité de ces nouveaux dispositifs, leur ergonomie et leur pertinence au regard du public concerné dont le profil des troubles est si varié."

Quel est l’usage actuel des technologies informatiques pour l’autisme aujourd’hui en France ?

"Aujourd’hui, en France, peu de professionnels utilisent les outils informatiques dans la prise en charge des enfants autistes, sinon pour les activités de loisirs. Les consoles avec lesquelles il est possible d’interagir au moyen de détecteurs de mouvement et de la direction du mouvement, ont été achetées par les institutions médico-éducatives et les parents, mais ne sont employées que dans le cadre de jeux et non avec une finalité véritablement rééducative.

Les tablettes tactiles équipent de nombreux foyers d’enfants autistes et quelques institutions, mais ne sont employées qu’aux moments de loisirs et n’ont pas véritablement de rôle éducatif ou rééducatif. Pourtant, en tant que professionnels de l’autisme, nous avons tous observé la fascination des enfants pour les écrans, et de surcroît les écrans tactiles. Nous avons tous également compris que les détecteurs de mouvement utilisés par les consoles de jeu vidéo étaient de formidables outils qui simplifient le maniement du jeu et qui permettent également de travailler la motricité ou le développement du schéma corporel.

Mais nous avons des difficultés à rendre fonctionnels ces nouveaux outils qui ne sont pas primo-destinés aux enfants autistes et pas toujours adaptés : sur-stimulations visuelles et/ou auditives, problème de compréhension de consignes et surtout manque d’interactions sociales avec des jeux qui n’exigent que trop rarement une collaboration avec un pair.

Cette première conférence internationale a permis d’apporter les premiers éléments de réponse à toutes ces questions : est-ce que les outils informatisés et/ou robotisés sont efficaces ? Quelles applications pouvons-nous utiliser pour développer la communication et les interactions sociales chez l’enfant ?"

La recherche

"La conférence a été marquée le samedi matin par la présentation de la littérature scientifique qui traite de l’efficacité de l’emploi d’un robot dans le travail avec un enfant autiste.

A titre d’exemples, le robot Probo, utilisé de façon intéressante comme un Tamagoshi, c’est à dire avec une interface logicielle qui permet à l’enfant d’anticiper ses besoins vitaux et d’interagir avec lui. Ou alors le robot NAO, qui marche et parle (sans réelle prosodie) et dont le travail a permis de développer le comportement d’imitation chez certains enfants autistes (ce qui doit très probablement beaucoup intéresser les chercheurs qui travaillent sur les neurones miroirs).

Ce qui peut choquer au premier abord, le travail éducatif avec un robot pour les enfants autistes, semble constituer une piste de travail intéressante, surtout lorsque sa finalité est de développer une compétence chez un enfant pour faciliter ses interactions sociales. Cet objectif ne peut être rempli que s’il est réfléchi par l’équipe de cliniciens qui le prend en charge. C’est pourquoi il est fondamental que nous, cliniciens, intervenants de tous horizons auprès des enfants autistes, nous nous les approprions. Il ne s’agit pas uniquement de maîtriser les aspects techniques mais aussi de réfléchir à ce que ces dispositifs soient écologiques et qu’ils répondent aux priorités du travail éducatif."

Quels sont les outils qui vous ont marqués ?

"J’ai eu l’opportunité d’assister à la présentation de suites logicielles adaptées aux tablettes tactiles et smartphones qui permettent de travailler la communication (échange d’images) et le développement de l’autonomie (gestion du temps et des loisirs).

Ainsi les projets Azahar et e-Mintza sont très intéressants et proposent ces fonctionnalités sur une tablette tactile qui fascine les enfants et qui leur est facile d’utilisation puisque le doigt agit directement sur l’image.

La diffusion de ces logiciels est facilitée par la possibilité de les installer sur un support déjà disponible à la maison et/ou dans les institutions spécialisées.

En revanche, le succès de celles-ci dépend de notre capacité à guider les familles dans leur utilisation. Si ces dispositifs rendent plus attrayant le travail de certaines compétences telle la communication, la gestion des situations conflictuelles et des réactions émotionnelles, elles n’éliminent pas les obstacles inhérents à la mise en place de nouvelles procédures. C’est pourquoi une guidance éducative restera toujours précieuse.

Le développement du programme Pictogramas , outils de rééducation, est très intéressant. Il utilise le matériel Kinect® de Microsoft, une barre de détection des mouvements corporels avec une assez bonne résolution temporelle permettant de jouer à des jeux vidéos sans manettes, uniquement avec les mouvements de son propre corps. Si les jeux vidéos vendus dans le commerce sont sur-stimulants, visuellement et auditivement, il y a un véritable parti rééducatif à tirer d’un tel dispositif, s’il est proposé avec des jeux adaptés dont les vocations sont thérapeutiques, afin de développer des compétences fondamentales au développement de l’enfant, même lorsqu’il souffre d’un handicap lourd.

Ainsi la suite de jeux Pictogramas est enthousiasmante, et à mes yeux représente ce qui peut se faire de plus utile pour les enfants. Les interfaces sont adaptées et sobres, les jeux ludiques et adaptés. On peut ainsi travailler le repérage dans l’espace, le schéma corporel ou l’attention conjointe. La plupart des jeux peuvent être joués à deux et la coopération est nécessaire pour réussir."

Un petit mot de conclusion ?

"La conclusion faite par M. Gerardo Herrera (Université de Valence, Espagne) en clôture de la conférence était tout à fait pertinente. Il interrogea son public sur plusieurs points essentiels :

-  le premier est très pragmatique : qui peut aujourd’hui acheter un tel matériel ? Il est important de prendre en considération que ce premier congrès a pris place dans une Espagne durement touchée par la crise économique mondiale ; il n’est donc pas étonnant que les organisateurs s’interrogent sur le devenir de leur propre recherche et le développement de ces applications, et aussi sur la possibilité pour les institutions et les familles de les acquérir.

C’est une question que nous nous posons également en France. Si les innovations logicielles sont pour la plupart gratuites et applicables sur la grande majorité des tablettes et smartphones, elles exigent parfois l’acquisition d’un matériel complémentaire, et certaines innovations proposées fonctionnent avec un matériel onéreux, en France, peu accessible aux familles et aussi aux institutions qui manquent déjà de moyens pour le matériel courant.

- les outils logiciels et/ou matériels présentés à la conférence sont-ils adaptés aux enfants qui souffrent de handicaps sensoriels et perceptifs ? Il est évident que les enfants qui souffrent d’un trouble visuel grave n’ont pas accès à la grande majorité des innovations proposées.

Mais que dire des enfants qui souffrent de troubles moteurs et, plus discrets et difficiles à diagnostiquer et pourtant si fréquents, de troubles de la proprioception qui parasitent la commande motrice et la coordination visuo-motrice ?

C’est sur ce dernier point que je veux conclure en tant que neuropsychologue et clinicien. Je suis convaincu que ce nouveau champ de technologies est aussi un nouveau champ de compétence thérapeutique. Nous devons nous intéresser à ces innovations qui peuvent apporter un bénéfice réel aux enfants pour développer leurs compétences et les aider à gagner en autonomie. Mais nous ne devons pas seulement nous y intéresser, nous devons aussi participer à ces développements car la compréhension des fonctions motrices, cognitives et perceptives mises en jeu dans l’utilisation de chacune de ces applications déterminera leur efficacité. Afin de savoir à quels enfants elles sont destinées et comment nous pouvons les guider pour progresser.

Je remercie vivement la Fondation Orange pour cette invitation. Il faut saluer le travail mené par la Fondation qui a soutenu le développement de nombreux projets pionniers dans le domaine des nouvelles technologies appliquées à l’autisme. Cette conférence m’a permis de rencontrer de nouvelles équipes de recherche et de cliniciens dont l’enthousiasme est communicatif et porteur d’espoir. "

 

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