Une femme et son frigo ! Histoire d'une belle réussite !

Ndéye Dado Diop et son frigo

Témoignage de Michel Szegedi, en mission en Afrique pour la Fondation Orange et Planete Finance.

Ndéye Dado Diop, née le 17 janvier 1988 à Khombole (Sénégal), vit depuis de nombreuses années à Thienaba avec son mari et leurs 7 enfants dont 4 filles… Le petit dernier a 2 ans et demi et le plus grand déjà 15 ans. Elle même, est issue d’une famille nombreuse qui comprend 2 frères et 4 sœurs. Elle a perdu son père. Sa mère tient le kiosque à pain du village qui sert aussi de " gargote " (mini épicerie qui vend de quoi prendre son petit déjeuner et quelques pâtisseries). Elle se souvient d’une enfance heureuse au milieu d’une famille unie et d’un père qui l’aimait et s’occupait d’elle.

Depuis la petite enfance, Ndéye Dado rêve de "devenir populaire", "connue", mais pas comme une "star strass et paillette" (comme on les trouve dans les magazines de Dakar), ni comme une princesse de conte de fée...Non, juste une travailleuse, qui par son activité incarne une réussite.

Après son mariage, le jeune couple part travailler à la capitale, lui en tant que mécanicien, elle, femme de ménage et domestique. Mais de l’argent gagné, il ne reste pas grand-chose à la fin du mois, dans une ville où tout est cher. Elle prend, alors, la décision de retourner seule au village dans la maison familiale pour rejoindre sa vieille mère.

Les économies réalisées permettent d’entreprendre la construction de la maison du couple où les enfants commencent à arriver. Elle découvre au village la "banque", l’établissement mutuel d’épargne et de crédit que l’ARLS (association rurale de lutte contre le sida) vient d’ouvrir.

Cette association gère des activités multiples. Elle soutient une troupe de théâtre qui tourne de village en village, traite en dérision la polygamie, organise des causeries de femmes pour réduire la mortalité infantile, et prévenir la transmission du sida. Une radio complète le dispositif dont la présidente Astou incarne la sagesse et la détermination.

Par le hasard des liens familiaux, Ndéye Dado rencontre les institutions financières de l’association. En effet la femme de son frère ainée travaille à la mutuelle d’épargne et de crédit. Les 2 femmes discutent et la belle sœur caissière argumente tant et si bien qu’elle finit par convaincre Ndéye Dado d’ouvrir un compte et de se lancer dans un emprunt pour démarrer une activité. ARLS n’est pas trop regardant sur les garanties, et le taux d’intérêt est plus faible qu’ailleurs (seulement 14% l’an).

C’est le déclic, le rêve d’enfance peut devenir réalité.

L’étude de marché est rondement menée : l’école primaire et l’école secondaire seront les débouchés économiques. En effet, son entreprise permettra de nourrir en crèmes glacées des gamins gourmands plantés dans une cours de récrée surchauffée. Personne n’est encore sur le créneau. Et de plus, au village, rares sont ceux qui disposent d’un réfrigérateur. Donc Ndéye Dado proposera de la glace conditionnée en sachet pour les villageois et de savoureuses crèmes glacées pour leurs rejetons inscrits dans les écoles.

ARLS prête les 250 000 CFA (385 euros !) pour commencer l’activité, qui se résumeront à investir dans l’achat d’un frigo flambant neuf.

Les belle-sœurs l’aident pour s’occuper des enfants et pour convaincre le mari qui ne veut pas d’une femme de ménage pour s’occuper de cette famille élargie, signe d’une femme inactive.

Ne reste plus qu’à remonter les manches !

Pour la glace c’est un jeu d’enfant : remplir des sachets de 250 ml qu’on laisse congeler 24 heures. Pour les crèmes, elle reprend des recettes locales qui font la différence : fruits locaux, pains de singe par exemple, ou encore oseille, un légume-condiment apprécié en gastronomie depuis l’Antiquité et qui se reconnaît à ses feuilles en fer de lance et à son goût acide et qui devient un sirop succulent d’une belle couleur rouge, une fois mélangé...

la mise en sachet de la glace

Tout ça est conditionné en sachet proposé en 2 formats petits et grand à 25 (4cts d’euros) ou 50 CFA… très abordable, même pour des enfants de villageois. Ainsi près de 400 sachets sortent chaque jour de "l’usine" de Ndéye Dado. Ses enfants, bien entendu, jouent tous un rôle dans la production familiale. Elle s’installe chaque jour avec sa marchandise dans les locaux de l’école pour proposer directement aux consommateurs ses gourmandises de 8h00 à 15h30 avec un flux toujours assuré, grâce aux horaires décalés entre les classes.

Pour l’eau glacée, les villageois viennent également s’approvisionner chez elle, "à la maison".

Les affaires marchent si bien, que bientôt, avec l’agrandissement de la famille, un 2ème prêt est accordé par l’association pour permettre d’acheter un 2ème frigo. Elle a vu encore plus grand cette fois-ci : il s’agit d’une véritable armoire réfrigérée.

Aujourd’hui, elle est fière d’avoir remboursé tous les prêts dans les temps (12 mois). Elle rêve d’un développement au delà des frontières du village et pourquoi pas un partenaire qui vendrait de France ! Son mari l’aide chaque week-end et pendant les périodes de fêtes chômées. L’espoir est permis, croyante et musulmane, elle sait que lorsque l’on "s’adonne" à une activité avec conviction, Dieu veille à sa réussite

Sans la Mutuelle, elle dit, que rien n’aurait été possible ! Elle dit encore qu’elle prie et fait des vœux pour que ARLS continuent à faire confiance aux villageois et donnent réalité aux rêves de développement de chacun. Elle espère que la banque va grandir et grandir encore pour aider d’autres projets. Elle a déjà conseillé trois de ses amies d’emprunter pour acheter des frigos. Car, les écoles se développent et il y a encore de la place pour d’autres. Au royaume de la glace et des crèmes glacées, chacun a le droit à une place au soleil du village !

Sur la terrasse de la maison familiale chacun s’affairent, mélangent les préparations, conditionnent les sachets, rangent les petits berlingots au frigo avec sagesse et application. C’est si simple de réaliser ses rêves d’enfance, et si important qu’un établissement prêteur fasse confiance sans trop se rémunérer.

Ndéye Dado, vous avez réussi et vous nous donnez une belle leçon de vie ! Bravo ! Comment ne pas finir avec cette citation de Saint-Exupéry que vous incarnez si bien  : "Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité" ?

 

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