autisme : les avancées de la recherche / colloque le 29/09/2012 à l'Institut Pasteur

Le samedi 29 septembre se tiendra à l’Institut Pasteur un colloque consacré aux dernières avancées de la Recherche sur l’autisme, organisé par la Fondation Orange. Celle ci soutient la cause de l’autisme depuis plus de 20 ans et le domaine de la Recherche a toujours fait partie d’un des axes majeurs de cet engagement.

A l’occasion de ce rendez-vous important, destiné avant tout aux familles et aux aidants, nous publierons chaque lundi, en amont du colloque, un interview de l’un de ces chercheurs passionnés qui font avancer la science dans ce domaine.

 Nous nous entretenons aujourd’hui avec Marie Gomot, chargée de Recherche à l’INSERM, INSERM U930, Equipe 1 "Autisme", Tours.

Entretien réalisé par Kérima Nicholls
Quelles sont vos recherches actuelles ?

Je m’intéresse principalement à ce que l’on appelle le troisième axe de l’autisme qui correspond aux comportements restreints et répétitifs. Ces comportements seraient mis en place pour répondre à un besoin d’immuabilité c’est-à-dire un besoin que les choses restent identiques. Ce besoin d’immuabilité reposerait sur une difficulté à traiter le changement à un niveau très sensoriel.

Dans nos recherches, nous essayons donc de voir comment, à un niveau perceptif, les patients vont traiter un changement sensoriel, auditif ou visuel. Ces particularités de traitement du changement pourraient avoir une influence sur des comportements plus complexes comme la mise en place de rituels par exemple.

Afin de comprendre ces mécanismes, nous utilisons l’électrophysiologie et l’IRM fonctionnelle qui sont deux méthodes complémentaires qui permettent de comprendre ce qu’il se passe dans le cerveau. L’électrophysiologie va nous donner des indications sur les aspects temporels et l’IRM fonctionnelle nous permet de localiser les structures cérébrales mises en jeu.

Les deux techniques ne s’appliquent pas forcément aux mêmes populations. L’IRM sera plus compliquée à mettre en œuvre avec des enfants alors que l’électrophysiologie va être beaucoup plus adaptée aux jeunes patients puisqu’une fois qu’ils ont accepté le bonnet ou les électrodes, on peut réaliser des protocoles très simples pendant lesquels ils sont peu sollicités.

Quels sont les protocoles que vous utilisez lors de vos recherches ?

En général on demande aux enfants de regarder un dessin animé muet durant lequel on va leur présenter des sons. Ce sont des protocoles dits passifs car ils ne requièrent pas d’effectuer une tâche spécifique. En électrophysiologie pour les tâches actives on demande aux patients de participer en détectant une cible par exemple.
En IRM, les tâches ne sont pas plus complexes mais on préfère s’adresser aux adultes car il est difficile de rester immobile près d’une heure. Une fois la technique choisie, pour observer ce qu’il se passe dans le cerveau lors de la perception d’un changement auditif, on utilise comme stimulation un « Bip » répétitif et puis de temps en temps un « Bip » différent. Ce changement de « Bip » est perceptible par le cerveau qui va le traiter de manière automatique. On va alors regarder ce qu’il se passe au niveau cérébral quand ces changements mineurs apparaissent. On obtient des résultats concordants qui montrent que le cerveau des patients présente une réaction particulière à ces micro-changements de l’environnement. On peut imaginer que c’est cette réaction spécifique du cerveau qui va les pousser à faire en sorte que les choses soient toujours identiques.

Quelles sont les applications pratiques de ces recherches sur les difficultés d’adaptation aux changements qui surviennent dans l’environnement des patients autistes ?

Les premières étapes de ces recherches étaient de mieux comprendre comment les personnes autistes perçoivent leur environnement et en quoi les changements peuvent les perturber. On comprend aussi que lorsqu’un enfant fait une colère ce n’est pas de la mauvaise volonté, il existe des éléments qui sous tendent son comportement dont il n’est pas responsable.
Pour faire un parallèle on pourrait dire que lorsque nous percevons un son à 50 décibels, eux pourront le ressentir à 100 décibels. On dispose ainsi d’une meilleure compréhension de leurs réactions, ce qui peut conforter les cliniciens dans leur pratique.
Par exemple, ici au CHU de Tours, a été développé une thérapie d’échange et de développement dans laquelle on essaye de travailler les fonctions de communication et d’interactions sociales dans des espaces très dépouillés. Moins il y aura de stimulations moins les interactions sociales seront perturbées. Les cliniciens vont assez naturellement épurer les espaces dans lesquels ils travaillent avec les patients car ils sentent que c’est bénéfique au travail. Le plus de la recherche est qu’elle permet d’avoir une explication précise sur le fait qu’il faut amener le changement progressivement.

Que pensez-vous de la dynamique actuelle de la recherche sur l’autisme ?

Au niveau national l’année 2012 est un peu particulière puisque l’autisme est la grande cause nationale. Pour l’instant on sent surtout un grand intérêt des médias pour l’autisme, ici on a vu plus de journalistes en quatre mois que ces trois dernières années. C’est sûrement l’occasion de mieux faire connaître cette pathologie. En effet il existe toujours ce mythe autour de l’autisme quand on voit la manière dont certains médias peuvent traiter cette pathologie, les enfants qu’on y voit représentent seulement une partie de ce que sont les personnes avec autisme.
De manière plus globale au niveau de la dynamique actuelle, aujourd’hui en France de nombreuses équipes mettent beaucoup d’énergie à travailler sur un des multiples aspects de l’autisme. C’est en mettant en commun les différentes approches que les choses avanceront.

De quoi auraient besoin les familles ?

Les parents auraient besoin de nombreuses choses. Nous sommes dans un pays où les structures de prise en charge sont déficitaires en terme de capacité d’accueil.
Je pense également qu’une reconnaissance de ce qu’est le spectre autistique serait profitable aux parents. C’est encore finalement assez mal connu du grand public et il semble que les parents ne se reconnaissent pas forcément toujours dans ce qui est présenté.

Quels sont vos souhaits pour l’autisme ?

Mon plus grand souhait serait d’être au chômage bientôt !
J’aimerais qu’on trouve des éléments qui fassent avancer la recherche de façon plus manifeste. Beaucoup de progrès se font mais en recherche on reste tributaire du temps.

 

 

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3 commentaires

dimanche 9 septembre 2012 16:41 par Fran

"Mon plus grand souhait serait d’être au chômage bientôt !" Toute une confession ! J'apprécie l'humour, "ma non troppo". Si vous n'avez rien de plus à dire et vous restez de marbre devant tant de souffrances et les luttes de tant de familles avec enfants autistes ... Fran

lundi 17 septembre 2012 15:13 par autisme : les avancées de la recherche, interview d’Inci Unsaldi-Cordier | le blog de la Fondation Orange

[...] les deux premiers interviews : Marie Gomot et Guillaume [...]

lundi 10 décembre 2012 16:14 par Marie Gomot

Je ne voudrais pas que ces propos soient mal compris. Je suis loin d'être de marbre devant les difficultés que rencontrent les personnes avec autisme et leur famille. Par ce petit trait d'humour je voulais simplement dire que mon souhait serait que la recherche dans ce domaine ait tellement évolué qu'il n'y aurait plus lieu de la continuer. Ceci impliquerait que les causes de l'autisme seraient identifiées et que l'on aurait des solutions concretes et efficaces à proposer aux familles.

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