autisme : parcours et perspectives de 3 jeunes chercheurs soutenus en 2014

 

Elza Rechtman – INSERM

l’imagerie cérébrale permettant d’obtenir un nouveau bio-marqueur dans l’autisme

Thérapeute ABA pour enfants atteints d’autisme depuis 10 ans et co-fondatrice de l’association B-aba autisme (2011), j’ai commencé à m’intéresser au fonctionnement cérébral associé aux troubles du spectre autistique au cours de cette expérience professionnelle. Depuis 2013 j’effectue mon doctorat au sein de l’Unité 1000 de l’INSERM (Hôpital Necker), sous la direction du Pr Nathalie Boddaert et du Dr Monica Zilbovicius. Des études en tomographie par émission de positons (TEP) ont mis en évidence des anomalies au niveau du sillon temporal supérieur (STS) chez des personnes avec autisme. Le STS est une région clé pour la perception et la cognition sociale. Ainsi, les anomalies anatomo-fonctionnelles du STS pourraient être liées aux difficultés sociales observées dans l’autisme. Nous disposons d’une nouvelle méthode d’IRM (arterial spin labelling – ASL) qui permet de mesurer le débit sanguin cérébral (DSC) au repos.

Mon travail de thèse porte sur la mesure du DSC au repos chez des enfants avec autisme et chez des enfants sains afin de reproduire avec l’IRM les résultats obtenus en TEP (qui présentait des limites : injection de radio-isotope, impossibilité d’être réalisée chez des enfants sains). Ainsi, les mesures du débit sanguin cérébral au repos obtenues avec l’IRM, pourraient constituer un biomarqueur dans l’autisme et pourraient également être mis en corrélation avec des anomalies de la perception sociale révélées par la méthode d’« eye tracking ».

La mise en évidence d’un biomarqueur dans les TSA pourrait nous offrir une meilleure compréhension des mécanismes physiopathologiques de l’autisme ainsi que dans l’évaluation de nouvelles stratégies thérapeutiques, objectivant des modifications cérébrales fonctionnelles avant et après le traitement.

 

Alix Thillay – Université François Rabelais de Tours

les mécanismes neurophysiologiques de traitement du contexte par les personnes avec autisme

Après des études de psychologie, spécialisées en psychologie clinique et psychopathologique, j’ai complété mon parcours universitaire par un Master 2 recherche en neurosciences avec pour objectif de faire de la recherche clinique. La découverte du Centre Universitaire de Pédopsychiatrie du CHRU de Tours et de son équipe de recherche sur l’autisme lors de mon stage de Master 2 m’a donné envie de continuer dans ce domaine en réalisant une thèse où je peux apporter ma double compétence : psychologie et neurosciences.

Je suis actuellement doctorante en Neurosciences en troisième année et j’étudie les mécanismes de traitement du contexte et d’anticipation chez des adolescents et jeunes adultes avec autisme. Cette étude s’inscrit dans les recherches de l’équipe sur l’étude des mécanismes physiopathologiques impliqués dans l’autisme. Nous faisons l’hypothèse que les comportements et intérêts répétés et restreints pourraient être la conséquence d’un traitement atypique du contexte, empêchant les personnes avec autisme d’être attentives aux subtilités de leur environnement et ainsi d’anticiper les événements à venir et d’avoir un comportement adapté. Cette difficulté pourrait être liée à des particularités du fonctionnement cérébral. L’objectif est de caractériser, chez des adolescents et jeunes adultes avec autisme, les mécanismes physiopathologiques impliqués dans le traitement du contexte, l’anticipation et la prédiction d’un événement à venir à partir de l’analyse des réponses cérébrales.

Nos résultats devraient permettre de mieux comprendre chez les personnes avec autisme les altérations des processus neurophysiologiques sous-tendant l’utilisation des informations du contexte pour anticiper un évènement. L’exploration électrophysiologique de ces processus devrait permettre d’identifier la ou les étapes du traitement de l’information qui peuvent être perturbées : traitement visuel, traitement du contexte, extraction des informations prédictives, processus d’anticipation attentionnelle et motrice.

A terme, une meilleure connaissance de ces mécanismes pourrait permettre d’élaborer de nouvelles stratégies thérapeutiques spécifiques en particulier dans le champ de la remédiation cognitive.

 

Ana Saitovitch - INSERM

l’implication du sillon temporal supérieur dans la perception sociale des personnes avec autisme

Au cours de ma formation en psychologie j’ai travaillé auprès d’enfants avec autisme dans une institution de type hôpital de jour. L’autisme m’a intrigué. A la fin de mon stage j’ai voulu chercher plus loin et je me suis tournée de plus en plus vers les Neurosciences.

Le travail de thèse que j’ai réalisé au sein de l’unité INSERM 1000, financé par la Fondation Orange et sous la direction du Dr. Monica Zilbovicius, a porté sur l’impact de la TMS (stimulation magnétique transcranienne) sur la perception sociale chez le sujet sain et chez les personnes avec autisme. La TMS est une technique qui consiste à appliquer une impulsion magnétique sur le cerveau à travers le crâne de façon non-invasive et indolore. Ces champs magnétiques induisent un changement transitoire, qui peut être excitateur ou inhibiteur, de l’activité neuronal de la zone ciblé.

Des résultats en imagerie cérébrale ont permis de mettre en évidence des anomalies au niveau du sillon temporal supérieur (STS) chez les personnes avec autisme. Le STS est fortement impliqué dans le processus de perception sociale, dont la perception du regard de l’autre, qui sou tend les interactions sociales. Les anomalies du STS pourraient être à la base des troubles sociaux dans l’autisme.

Des résultats obtenus au cours de ma thèse ont permis de montrer qu’il est possible de moduler l’activité neuronale du STS avec un impact significatif sur le comportement de perception sociale, mesurée par la méthode d’eye-tracking. En effet, l’inhibition du STS chez des sujets sains a entrainé une diminution significative du regard vers les yeux des personnages lors de la visualisation passive de films sociaux. Cet effet n’a pas été observé chez un groupe contrôle ayant eu une inhibition placebo.

L’objectif de ce projet de post-doc financé par la Fondation Orange est d’étudier les effets excitateurs de la TMS appliquée au niveau du STS sur la perception sociale chez des personnes avec autisme. Enfin, si les hypothèses se confirment, la TMS pourrait devenir, dans un avenir proche, une stratégie thérapeutique innovante dans l’autisme.

 

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