Entretien avec Christina Pluhar à l'occasion de la sortie du disque « Los Pájaros perdidos », de l'ensemble L'Arpeggiata

los parados perdisos, nov. 2011La sortie du prochain disque de l’Arpeggiata « Los Pajaros perdidos » est prévue pour le 23 janvier 2012. L’ensemble a donné en primeur quelques extraits de ce nouvel album lors de la 20ème Nuit de la Voix, le 4 novembre dernier, au Théâtre du Châtelet. Nous rencontrons Christina Pluhar suite à cet évènement : http://www.arpeggiata.com/

Pour la sortie de ce disque, un concert exceptionnel de l’Arpeggiata est prévu le 31 janvier 2012, salle Gaveau à Paris.

En empruntant le nom d’une toccata du compositeur allemand Girolamo Kapsberger, Christina Pluhar donnait le ton qui présiderait à la destinée de son ensemble vocal et instrumental qu’elle a fondé en l’an 2000. L’Arpeggiata réunit des artistes d’horizons musicaux variés, autour de programmes-projets, savamment concoctés par Christina Pluhar au gré de ses recherches musicologiques et de ses rencontres. Le son de l’ensemble, qui s’est constitué autour des cordes pincées, est immédiatement identifiable. L’Arpeggiata explore la musique du répertoire peu connu des compositeurs romains, napolitains, et espagnols du premier baroque. Il favorise la rencontre de la musique, du chant, de la danse et du théâtre, et l’ouverture vers le jazz et les musiques traditionnelles.
Il se produit au sein des plus grands festivals et théâtres en Europe.
En 2011, l’ensemble a donné une cinquantaine de concerts en Europe, en Australie et au Mexique, et a fait ses débuts Américains au Carnegie Hall de New York, qui l’accueillera en résidence en mars 2012.
Le travail de l’Arpeggiata est unanimement salué par la critique et le public. L’Arpeggiata a régulièrement été récompensé pour sa discographie, depuis ses débuts chez Alpha, puis Naïve, jusqu’à sa récente collaboration avec Emi/Virgin.

lucilla christina, nov. 2011

 

Emmanuelle Zoll : On oppose souvent musiques savantes et musique populaires, même si de nombreux compositeurs se sont inspirés dans leur musique de thèmes ou de rythmes populaires. Dans votre travail vous semblez puiser directement dans ces sources de musique traditionnelle, bien que votre formation de luthiste soit tout à fait académique, au départ :

Christina Pluhar : Il y a en fait dans certains pays encore beaucoup de points communs entre la musique populaire, la musique traditionnelle et la musique Baroque. Par exemple, en Italie, certains instruments à cordes pincées comme la "chitarra battente" sont encore exactement les mêmes qu’au XVIIème Siècle.

chitarra battente, nov. 2011

 

Ils ont toujours la même forme, les mêmes accords. Et si on observe et écoute les instrumentistes qui les pratiquent on peut avoir une idée assez précise de la façon dont ces musiques étaient jouées au XVIIème Siècle.

Emmanuelle Zoll : Comment résumeriez-vous votre projet artistique, en quelques mots ?

Christina Pluhar : Une grande partie de mon travail consiste à rechercher dans les musiques encore pratiquées aujourd’hui les traces non écrites de ce que j’appellerais « le Baroque Vivant ». Elles peuvent nous donner de nombreux indices sur l’interprétation, les couleurs et techniques de jeu de l’époque.
Quand on déchiffre aujourd’hui une partition de musique ancienne, les notes sont écrites, les accords sont notés, mais toutes les subtilités d’interprétation ne peuvent pas être écrites. Il faut donc les rechercher ailleurs, d’autant plus qu’une grande part du morceau était laissée à l’improvisation des interprètes.
Imaginez que l’on retrouve dans 200 ans un recueil de partitions des chansons des Beatles, et qu’il n’existe plus aucun enregistrement. La partition ne nous donnera aucune indication sur la façon dont ils interprétaient leurs chansons….

vincenzo et lucilla, nov. 2011

Emmanuelle Zoll : D’où vient le nom de votre dernier disque « Los Pájaros perdidos » ?

Christina Pluhar : L’album est le fruit de d’une rencontre entre les musiciens de l’Arpeggiata et des musiciens traditionnels d’Amérique latine, issus de pays dont on sent très fort l’influence de la musique baroque dans leur musique : le Chili, le Venezuela, la Colombie, l’Argentine et le Paraguay. « Los Pájaros perdidos » est le titre d’une chanson d’Astor Piazzolla interprétée sur le disque par Philippe Jarrousky. Il adore chanter cette musique.
Une partie des chansons est arrangée, mais il y a de nombreuses parties comportant des improvisations polyrythmiques.

voir une vidéo ICI

Emmanuelle Zoll : Comment choisissez-vous les chanteurs qui travaillent avec l’ensemble ?

Christina Pluhar : Trouver la bonne personne, pour le bon projet ! Certains chantent uniquement avec une technique du chant lyrique, d’autres uniquement avec une voix de poitrine typique pour la musique traditionnelle ; je ne vais pas leur demander de chanter du Monteverdi ! D’autres encore sont capables de faire les deux. Il faut surtout qu’on ait tous du plaisir à faire de la musique ensemble !

Emmanuelle Zoll : Est ce que toute cette recherche et cette pratique de l’improvisation a changé votre regard sur la musique écrite ou votre interprétation de certaines œuvres de compositeurs reconnus, comme Monteverdi ou Rossi ?

Christina Pluhar : Oui tout à fait, la pratique de l’improvisation a modifié ma façon de jouer. Elle m’a conduite à une plus grande ouverture, à me libérer du carcan d’une partition, à rechercher le dialogue entre les différentes voix d’un texte musical. La musique est écrite, certes, mais on ne doit pas toujours la jouer exactement comme elle est écrite, de manière scolaire. C’est à l’artiste de trouver une liberté dans les contraintes de l’écriture pour faire passer et partager l’émotion d’une œuvre musicale.

christina pluhar, nov. 2011

 

 

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