la chronique de Nesrine : existe-t-il une ou plusieurs langues des signes ?

Une langue des signes est une langue visuelle. C’est le moyen de communication qu’utilisent les sourds pour dialoguer. A chaque mot correspond un signe, un peu comme dans l’écriture chinoise ; « parler » pour une personne sourde c’est signer.

Dans le monde, chaque pays a sa propre langue et il en est de même pour la langue des signes avec, par exemple, la langue des signes française (LSF), la langue des signes américaine (ASL) … Pour pouvoir communiquer avec des personnes étrangères, une personne entendante doit apprendre la langue étrangère. Par contre pour les sourds, c’est plus facile : si la personne sourde ne connait pas la langue signée du pays étranger, il lui suffit de mimer le mot que ce soit un objet, une forme, une action. Il existe des gestes que presque tout le monde connait sans s’en rendre compte tels que boire, manger, conduire ….

Il existe également une langue des signes internationale, parlée dans de nombreux pays et utilisée lors des rencontres internationales, lors de séjours à l’étranger. Mais cette langue n’est pas beaucoup parlée et elle est différente de la LSF, mélange de l’ASL et d’anglais…

Au collège, j’étais dans une classe spécialisée pour élèves sourds dans un établissement « normal ». Ensuite, mes deux années de BEP se sont déroulées en intégration complète. En 2005 la loi n’autorisait pas encore d’épreuves de LSF donc je n’ai pas pu passer cette épreuve ! Depuis quelques années, tous les élèves peuvent recevoir un enseignement de LSF qui peut être choisi comme épreuve en option aux examens.

Petite histoire de la langue des signes française (LSF)

C’est au 18ème siècle que Charles-Michel de l’Épée dit l’Abbé de l’Épée découvre la langue des sourds lorsqu’il rencontre 2 sœurs jumelles sourdes et muettes communicant entre elles à l’aide de leurs mains. Il décide de transformer sa maison en école pour enseigner le français aux élèves sourds avec des signes « codes ». Il forme d’autres professeurs sourds et entendants qui viennent de France et des pays européens.
Deux de ses élèves sourds sont devenus professeurs de sourds : Jean Massieu et Laurent Clerc. En 1815, Thomas Gallaudet, pasteur américain emmène Laurent Clerc aux États-Unis et ils fondent la première école de sourds américains.
Mais au 19ème siècle, lors du congrès de Milan en 1880 (où très peu de personnes sourdes sont présentes) la langue des signes a été interdite et il a été décidé d’utiliser la méthode orale. "La langue des signes et du corps est interdite dans l’éducation. Trop " sensuelle ", elle est jugée incapable d’exprimer l’abstraction et la spiritualité." (Petite histoire de la LSF, Iris). Malgré cette interdiction de signer pendant presque 100 ans, la LSF ne disparaît pas : les sourds la transmettent de génération en génération pendant les récréations. Cependant, les échecs scolaires des élèves sourds se sont multipliés à cause de cette interdiction et du sentiment de frustration qui en est né.
Deux méthodes pédagogiques s’opposent encore de nos jours. La "méthode orale" qui fait parler les sourds sans qu’ils entendent ce qu’ils disent. Elle incite à lire sur les lèvres. Avec cette méthode, il me semble que l’expression est limitée. La seconde méthode, le "bilinguisme", associe l’écrit en français à la LSF. Elle permet de faire le parallèle entre le français et la langue des signes et donne aux sourds davantage de moyens d’expression, pour toutes les situations de communication, entre sourds ou entre sourds et entendants.
Après un siècle de silence, dans les années 1970, c’est la période de ce qu’on appelle le « réveil Sourd » grâce à Bernard Mottez qui a fait des recherches sociologiques et sociolinguistiques sur la langue des signes. Il s’est battu pour la reconnaissance de la LSF, l’identité de la personne sourde, s’intéresse à la communauté sourde et à sa langue.
Ensuite, les sourds ont manifesté et se sont mobilisés pour que la langue des signes soit reconnue comme une langue.

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a répondu à leurs revendications en établissant que l’information destinée au public doit être diffusée par des moyens adaptés à l’handicap et que la Langue des Signes Française est reconnue comme une langue à part entière.

Je vous laisse certains sites pour mieux approfondir sur l’histoire, la culture des sourds et surtout n’hésitez pas à me demander si vous voulez savoir autre chose…

Institut de Recherches sur les Implications de la Langue des Signes
http://www.iris-lsf.fr/
LSF sur le web
http://ufr6.univ-paris8.fr/desshandi/supl/projets/site_lsf/accueil/accueil.php
Guaskenn
http://guaskenn.free.fr/index.html
Sourd
http://www.sourds.net/
Websourd
http://websourd.org/
Oeil et la main
http://www.france5.fr/oeil-et-la-main/index-fr.php?page=accueil

 

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4 commentaires

dimanche 14 juin 2009 19:05 par Aude

L'alphabet manuel ou dactylologie qui illustre l'article de Nasrine est un choix paradoxal car il sert à épeler des mots de la langue nationale, vieux système pratiqué au moins depuis le Haut Moyen Age (1ers documents). Ce n'est pas un produit de la LS mais la LS s'appuie parfois sur la dactylologie dans des situations qu'explique bien Yves Delaporte (Dictionnaire étymologique et historique de la LS). Le Congrès de Milan n'était pas habilité à statuer des modalités de communication pour les sourds dans les différentes nations. La preuve, Gallaudet a continué comme avant. Ce congrès n'a fait qu'enregistrer ce qui était déjà à l'oeuvre dans une partie des pays européens. En revanche, la majorité des participants ont effectivement donné le primat à la parole, dévalorisant des signes et le ton général n'était pas scientifique. Le Congrès de Milan a eu beaucoup moins d'effets que les congrès médicaux antérieurs en France par exemple... Depuis les années 1830, plutôt que la LS, ce sont les professeurs sourds qui ont été progressivement écartés. Les exigences d'enseignement en général ont aussi beaucoup changé depuis l'abbé de l'Epée qui voulait former de bons artisans et de bons chrétiens... Non, il n'y avait pas de rejet du corps, la gymnastique s'est beaucoup développée au XIXe et début XXe... Il y a eu plutôt rejet de ce qui posait un problème de compréhension et de maîtrise. Je n'ai pas la place de développer ici mais c'est bien le noeud depuis toujours. Enfin, Bernard Mottez a soigneusement évité de parler de l'enseignement. Sans doute le bilinguisme est la piste la plus intéressante mais le vrai bilinguisme n'exclut pas l'oral. Voir le livre de Ph. Sero-Guillaume qui explique aussi très bien aussi comment la LS est elle-même imprégnée d'oral (labialisation). Le plus dangereux est de croire que la communication se réduit à une langue et qu'elle doit être "pure". Quand on cessera d'idéologiser sur la question des sourds, on pourra peut-être avancer. Merci Nesrine d'avoir ouvert ce (très, très) long chapitre...

mercredi 17 juin 2009 16:29 par Nesrine

Merci pour toutes ces informations supplémentaires !

mardi 5 octobre 2010 21:41 par overdose

les signes sn extraordinaire ce ki lè maitrises sn formibable ces gentil 2 pense o persne mal entendant

dimanche 27 février 2011 14:33 par tiouxd

Merci :) J'en ai appris pas mal à l'école mais c'est interressant d'avoir des infos supplémentaires !

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