Suite de l'interview croisé entre Daniel Fasquelle et Gwendal Rouillard, membres du Groupe d'Etudes Parlementaire sur l'autisme

autisme grande cause nationale, janv. 2012Emmanuelle Zoll : La Fondation Orange soutient la cause de l’autisme depuis 20 ans à travers l’implication de salariés bénévoles, en participant au financement de structures d’accueil, de loisirs, d’accès à la culture pour les personnes avec autisme, ainsi que la recherche et la mise au point d’outils de communication numérique.

Connaissiez-vous son action ?

Daniel Fasquelle : Oui bien sûr. La Fondation Orange est un partenaire de référence dans le monde associatif de l’autisme, et ce depuis près de 20 ans ! C’est selon moi un choix très judicieux de soutien, et je vous encourage vivement, en cette année de Grande Cause, à accentuer votre effort pour permettre notamment à la grande campagne de sensibilisation de trouver un fort écho.

Gwendal Rouillard : Je connaissais l’implication de la Fondation Orange sur l’autisme mais je ne connaissais pas très bien ses actions concrètes. J’ai été heureux de mieux les découvrir. Sur ce sujet, je crois beaucoup aux partenariats entre pouvoirs publics et entreprises privées.
Je salue l’engagement de la Fondation Orange sur la durée. Quand on connaît l’augmentation de la prévalence de l’Autisme, on ne peut que se réjouir de ce soutien fidèle.

EZ : La formation initiale des professionnels ainsi que leur formation continue est apparue comme un élément clé de l’amélioration des soins et de l’éducation des personnes avec autisme. Comment procéder ?

DF : Comme l’ont suggéré certains intervenants, il serait utile à cette fin de mettre en place de nouvelles formations axées sur l’enseignement des techniques éducatives et comportementales. Il faut également que les psychiatres soient plus sensibilisés à l’autisme pendant leur formation, et à son caractère neuro-développemental et non psychotique.

GR : Il faut mobiliser en priorité les acteurs de la formation en faveur des professionnels qui oeuvrent dans le domaine de l’autisme. A savoir l’université, les instituts régionaux du travail social, les organismes de formation continue, afin de faire évoluer dans leurs contenus la formation initiale et la formation continue vers une approche neuro-développementale.

EZ : Comment pourrait-on s’assurer de la prise en compte sur le terrain des recommandations de la Haute Autorité de Santé ?

GR  : Je crois qu’il faut surtout mettre en oeuvre une meilleure cohérence entre les différents acteurs : les ministères, les représentants de l’Etat en région, mais aussi les collectivités locales, les structures médico-sociales et les associations afin de classifier les pratiques de soins et d’en assurer la transparence.

DF : Il me semble qu’il faudrait que les autorités de santé repensent les modalités d’application des recommandations de la HAS, qui ne sont à l’heure actuelle pas contraignantes.
Il faut également et surtout mieux sensibiliser les parents, afin qu’ils fassent remonter des éventuelle erreurs de prise en charge par rapport aux recommandations de la HAS.

EZ : Comment très concrètement s’organise votre groupe parlementaire, quelles sont vos prochains rendez-vous, vos prochaines actions ?

DF : Notre groupe parlementaire est habilité à auditionner des personnes impliquées sur la question. Ainsi par exemple, nous avons auditionné en octobre le groupe de travail de la HAS. Par ailleurs, notre groupe a poussé Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, à saisir le Conseil Economique, Social et Environnemental sur le coût économique et social de l’autisme.

EZ : Quel rôle peut jouer votre groupe d’étude parlementaire et notamment dans la réaffectation, réorientation, de certains budgets ?

GR : Notre travail va consister à approfondir la prise de conscience des Français. Nous allons écouter les associations, les professionnels, et suite à ces rencontre nous aurons un rôle moteur dans l’élaboration d’un nouveau plan Autisme. Notre réflexion portera aussi sur la politique de la Recherche en France et comment elle participe au développement des neurosciences. Notre responsabilité, en tant qu’élus, réside bien entendu aussi dans la réaffectation de certains crédits.

DF : Valérie Létard ayant introduit la notion de fongibilité des crédits budgétaires alloués à l’autisme, il est évident que certains fonds sont employés à mauvais escient aujourd’hui et qu’il faudrait les redéployer plus utilement. Dès que nous aurons le retour du rapport du CESE sur le coût de l’autisme, nous prendrons les mesures nécessaires, en émettant par exemple des propositions de lois.

EZ : Comment envisagez-vous aujourd’hui en France la prise en compte de la différence, quelque soit le type de handicap, dans une société toujours plus performative ?

DF : Il faut absolument sortir de la dictature de la performance et du résultat chiffré pour retourner vers un système plus humain axé sur la personne. La différence doit être vue comme une chance pour la société, et doit être utilisée pour le bénéfice de la communauté. Toute personne a quelque chose à apporter à la société, et la société se doit de tout faire pour l’aider à découvrir quoi et comment mettre à profit ses spécificités dans un monde en perpétuelle évolution.

GR : On ne peut considérer un pays comme une simple addition d’individus en quête d’un développement personnel, et encourager en permanence un culte de la performance. Ce n’est pas ma conception de la France. On peut plutôt considérer que, malgré le désir légitime d’émancipation de chacun, nous avons tous un destin collectif. Chacun doit pouvoir trouver sa place dans la communauté.
Je voudrais finir mes propos en citant cette phrase d’Anna Arendt : « L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité. » (La crise de l’Education. 1958)

 

 

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1 commentaire

vendredi 10 février 2012 19:54 par jardin

Bravo Messieurs,c'est comme cela que j'aime la politique, quand deux personnes qui ne sont pas du même bord s'unissent et dépassent les clivages pour faire bouger les lignes de l'ignorance et du rejet. Puissiez vous avoir la force de combattre ceux qui vivent du système qu'ils ont mis en place et qui - comme vous le dîtes - n'est pas adapté. En tout cas, vous pouvez ensemble compter sur notre soutien

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