Rencontre avec Christian Corbé, Professeur de physiopathologie sensorielle

Christian Corbé, Professeur de physiopathologie sensorielle. Crédit photo : Christian Corbé

Le professeur Christian Corbé accompagne la Fondation Orange sur de nombreux projets liés à la déficience visuelle.

 

A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

J’avais un grand-père que je respectais et aimais beaucoup, qui était devenu grand malvoyant, puis aveugle. Son rayonnement étonnait et faisait l’admiration de tous.
C’est sûrement l’une des raisons de mon intérêt pour la vision et l’ophtalmologie.

La vocation médicale m’est venue très tôt. En fait, je voulais faire un métier qui bouge. Le médecin de mon village sillonnait la campagne et je fus admiratif de son exemple. J’aimais le contact avec les autres, et la médecine me paraissait, pour ce faire, un moyen idéal.

Mes "humanités" bretonnes, dans les milieux associatifs scolaires, m’ont formé à la tolérance, à l’écoute, à la reconnaissance de l’autre et m’ont guidé vers ma spécificité d’aujourd’hui, la connaissance et la prise en charge de la déficience sensorielle visuelle.
A la suite de mes études d’ophtalmologie, j’ai eu la chance de servir en Afrique. Je me souviens de caravanes de centaines de patients arrivant à dos de chameaux, qui venaient pour se faire opérer ou se faire traiter. Ils étaient pour la plupart au-delà de toute thérapeutique. Ce qu’ils attendaient alors des équipes médicales était un échange humain, un peu de disponibilité, une reconnaissance de leur personne et de leur dignité. Leur accorder ce temps était une sorte de traitement et leur donnait, le plus souvent, énergie et espoir de vivre. Cela m’a beaucoup impressionné.

J’ai aussi eu la grande chance de participer à l’aventure spatiale internationale. D’abord avec les Français, puis en collaboration avec les Russes et les Américains. Nous éprouvions la nécessité de comprendre comment un cerveau humain traitait les informations. Il fallait être assuré d’une restitution brute de ce qui était perçu et sans aucune interprétation, dans ce milieu inconnu et hostile, de telle manière qu’en cas de problème, les ingénieurs, sur terre, puissent analyser réellement la situation et réagir. Cette étude a mis en évidence la complexité de la prise d’une information venant de l’environnement, du contact avec l’extérieur. L’information passe non seulement par les yeux et le système visuel, mais également par le système cochléo-vestibulaire, par la proprioception, en fait par tout l’être humain. Les informations sont potentialisées entre elles en permanence. L’ensemble de la sensorialité vient alimenter le cerveau et, par là, nourrir la réflexion, l’équilibre et le bien-être de la personne.
Les différentes études ont montré que l’éducation reçue dès la naissance, entretenue tout le long de la vie, jouait un rôle dans le rendu de l’information. Tout cela a été formidablement enrichissant pour ma pratique professionnelle. Ainsi, à partir de ces concepts, où système sensoriel et système cérébral étaient intimement liés, nous avons mis au point des tests particuliers d’analyse de la vision, puis d’analyse sensori-cognitive.

Nous avons été l’une des premières équipes à appliquer ces résultats au niveau clinique, dès 1986. Par extension, l’étude du mécanisme visuel nous a conduit à l’étude du mécanisme cérébral dans sa composante cognitive et des déséquilibres neurodégénératifs cérébraux. Nous sommes, ainsi, entrés dans la recherche des diagnostics et des prises en charge non invasives des maladies neurodégénératives, en créant une unité clinique sensori-cognitive, à l’Institution nationale des Invalides, à Paris.
Une conséquence pratique est la prise de conscience des inter-relations entre individus et entre un individu et l’environnement, quel que soit l’état physique ou psychique des uns et des autres. Un médecin en contact avec un patient en état de déficience devra trouver les clés pour pouvoir entrer dans le monde du malade, tout en respectant sa dignité.

 

Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Le parcours d’Olga Faure-Olory*, une jeune femme pleine de volonté et de mordant, malgré un handicap visuel profond, nous a validé un paramètre indispensable, qui était une hypothèse mathématique, à l’origine, selon les travaux de R.Thom et de J.Viret : la notion de flexibilité et d’adaptabilité à une situation nouvelle, en fait la notion de survie fonctionnelle. Quand se produit un traumatisme majeur au niveau physique ou psychique, chacun a la capacité de s’adapter et survivre à des conditions extrêmes, par mobilisation de l’ensemble des capacités encore actives qui viendront suppléer les éléments tissulaires et fonctionnels détruits. Olga nous a fait avancer, et sa joie de vivre nous conforte dans la voie que nous avons choisie. C’est une voie pleine d’optimisme, et souvent d’espérance du désespoir.
C’est cette voie qui m’anime.

* Olga Faure-Olory est auteur et fondateur du journal l’Agrandi.

 

En décembre 2008, à l’occasion de ces 20 ans, la Fondation Orange a publié un ouvrage réunissant les témoignages de 20 personnalités (bénévoles, chercheurs, artistes, humanitaires, musiciens) qui ont accompagné son développement et son rayonnement depuis sa création.

A chacun nous leur avons posé deux questions : A qui et à quoi devez-vous ce que vous êtes aujourd’hui ? ; Que souhaitez-vous maintenant apporter aux autres ?

Ce sont ces itinéraires personnels, ces regards engagés, que nous souhaitons vous faire découvrir dans cet ouvrage.

 

 

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